11 septembre 2001 - Henry Kissinger va présider une enquête «indépendante»

Washington - Le président Bush a nommé hier l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger à la tête d'une commission d'enquête indépendante chargée de faire la lumière sur l'incapacité des services de renseignement à empêcher les attentats du 11 septembre 2001.

«Cette commission va m'aider, ainsi que les futurs présidents, à comprendre les méthodes utilisées par les ennemis de l'Amérique ainsi que la nature des menaces auxquelles nous sommes confrontés», a déclaré M. Bush en signant le texte créant cette commission lors d'une cérémonie à la Maison-Blanche. «M. Kissinger est l'un des hauts fonctionnaires les plus respectés et chevronnés de notre pays», a dit M. Bush en annonçant la nomination de l'ancien proche conseiller des présidents Nixon et Ford.

«Cette enquête examinera très soigneusement tous les faits et toutes les pistes», a promis M. Bush, ajoutant que «nous devons mettre au jour tous les détails et apprendre toutes les leçons du 11 septembre».

M. Kissinger s'est engagé devant la presse à la sortie de la Maison-Blanche à «tirer toutes les conclusions qui résulteront des faits». «Nous n'avons aucune restriction et n'en accepterons aucune», a-t-il dit, ajoutant que «tout doit être fait pour éviter la répétition d'une telle tragédie». L'ancien secrétaire d'État a précisé que la commission pourrait faire des recommandations et que le président Bush s'était engagé à les «prendre très au sérieux».

La Maison-Blanche avait longtemps résisté à l'établissement d'une telle commission indépendante, réclamée par le Congrès et les familles des victimes des attentats, estimant qu'elle pourrait détourner l'attention de la guerre contre le terrorisme et être instrumentalisée par l'opposition démocrate pour attaquer et embarrasser l'administration républicaine. Son rapport devrait sortir en pleine campagne pour la présidentielle de 2004.

Aux termes d'un compromis conclu la semaine dernière entre l'administration et des parlementaires démocrates et républicains, cette commission disposera d'une large autorité. Elle s'appuiera sur les conclusions de l'enquête conjointe menée pendant plusieurs semaines par les commissions du renseignement du Sénat et de la Chambre des représentants. Sa création est inscrite dans la loi de finance autorisant les activités du renseignement dans le budget 2003 adopté par le Congrès. Outre son président, la commission comptera dix membres, nommés à parité par les démocrates et les républicains.

Elle disposera de dix-huit mois pour enquêter de façon approfondie et étendue sur les vulnérabilités et les échecs de diverses agences fédérales dans les événements du 11 septembre, notamment la CIA, la centrale de renseignement, la NSA, l'agence chargée des écoutes, la police fédérale (FBI), les services d'immigration (INS) et la sécurité du transport aérien.

Ces lacunes avaient été mises en lumière par des témoignages d'agents de la CIA et du FBI lors d'auditions publiques au Congrès, qui avaient évoqué notamment l'insuffisance de la coopération et de la coordination entre services, un manque d'experts en langues étrangères, notamment pour l'arabe, et un recours insuffisant aux activités d'espionnage humain.

Henry Kissinger, un des diplomates les plus connus du XXe siècle, avait obtenu le prix Nobel de la paix en 1973 avec le Nord-Vietnamien Le Duc Tho pour avoir négocié un cessez-le-feu.

Son rôle dans les bombardements illégaux du Cambodge durant le conflit indochinois, le renversement du président chilien Salvador Allende en 1973 et l'élimination d'opposants politiques en Amérique latine à la même époque ont conduit certains de ses plus vifs critiques à demander qu'il soit jugé pour crimes de guerre.