Poutine menace de geler le traité sur les forces conventionnelles

Vladimir Poutine
Photo: Agence Reuters Vladimir Poutine

Oslo — Un nouveau réquisitoire du président russe Vladimir Poutine contre les Occidentaux a brusquement alourdi l'atmosphère hier à Oslo avant la première réunion ministérielle OTAN-Russie sur le bouclier antimissile américain en Europe.

Outre des propos virulents dénonçant l'ingérence des «colonisateurs» occidentaux dans les affaires russes, M. Poutine a menacé de geler le Traité sur les forces conventionnelles en Europe (CFE), qui limite depuis la fin de la guerre froide le déploiement d'armes et de troupes sur le Vieux Continent.

Hier matin, alors que le chef de l'État russe n'avait pas encore prononcé son discours à la nation, la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice avait laissé pointer un certain agacement à l'en droit de la Russie.

Le chef de la diplomatie américaine avait qualifié d'«absurde» l'idée que le projet de déploiement par les États-Unis de dix missiles antimissiles en Pologne assistés d'un radar en République tchèque puisse rompre l'équilibre stratégique avec la Russie, comme le prétend Moscou.

Les États-Unis souhaitaient désamorcer l'opposition de la Russie au bouclier et apaiser par la même occasion le scepticisme ou l'inquiétude de certains de leurs alliés. Les propos de M. Poutine et le ton de Mme Rice sont plutôt susceptibles de raviver leurs craintes.

La secrétaire d'État américaine avait pourtant assuré mercredi soir à son arrivée à Oslo que les campagnes d'explication menées auprès des gouvernements européens avaient largement apaisé leurs préoccupations et qu'il s'agissait maintenant de convaincre les opinions publiques.

Reflétant une certaine tension, jeudi après-midi, le ministre allemand Frank-Walter Steinmeier a estimé que «sur le fond, il s'agit d'éviter une spirale de la méfiance entre la Russie et les États-Unis». «Il faut être prudent et il faut chercher le dialogue», a-t-il ajouté.

Un diplomate d'un autre pays européen a souligné que dans l'attente des explications de texte que n'allait pas manquer de prodiguer le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, à ses collègues de l'OTAN, les Alliés préféraient «rester dans l'expectative».

Interrogé sur le discours de M. Poutine, le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, s'est borné à souligner l'importance, aux yeux des Alliés, du traité FCE modifié et de sa ratification.

Signé en 1990, le traité FCE a été «adapté» en 1999 après la disparition de l'URSS et du Pacte de Varsovie.

Les pays de l'OTAN refusent cependant de ratifier la nouvelle version de ce traité tant que la Russie n'aura pas retiré ses troupes de Géorgie et de Moldavie.

Comme il l'avait déjà fait le 10 février devant la Conférence sur la sécurité de Munich, M. Poutine a mis en cause non seulement le bouclier américain mais aussi le stationnement par les États-Unis de troupes en Roumanie et en Bulgarie, pays voisins de la Russie.

Invoquant ces mêmes motifs de mécontentement, la Russie avait déjà menacé de sortir du traité FCE.

En vue de la réunion d'Oslo, les Américains n'avaient pas ménagé leurs efforts pour tenter d'amadouer la Russie, multipliant les offres de coopération adressées à Moscou dans le domaine de la défense antimissile.

Le système antimissile américain est «orienté contre un ennemi potentiel doté d'un petit arsenal», en l'occurrence l'Iran, ont réaffirmé hier matin Mme Rice et son collègue à la Défense, Robert Gates, dans une tribune publiée dans un journal russe. «Ce système est inefficace contre le gigantesque arsenal nucléaire et balistique que possède la Russie. Parler d'une nouvelle course aux armements avec la Russie est un anachronisme sans aucun fondement», ont-ils ajouté.

Dans son huitième discours à la Nation, le dernier avant la fin de son deuxième mandat en mai 2008, l e président russe Vladimir Poutine a critiqué hier les Occidentaux, des «colonisateurs» qui, sous couvert de promotion de la démocratie, font preuve d'ingérence «directe» dans les affaires de l'État russe en finançant l'opposition et les ONG de défense des droits de l'Homme.

«Le flux d'argent venant de l'étranger, utilisé pour une ingérence directe dans nos affaires intérieures, augmente», a-t-il déploré dès le début de son discours d'une heure.

À voir en vidéo