Les administrateurs de la Banque mondiale examinent le cas Wolfowitz

Washington — Malgré ses excuses publiques, Paul Wolfowitz n'est pas certain de sauver son poste à la tête de la Banque mondiale. Le conseil d'administration de l'institution internationale se penchait hier sur son cas et a promis de prendre une décision «rapidement» sur l'avenir de son patron.

Le scandale a éclaté après les révélations sur la généreuse augmentation de salaire accordée par l'Américain Paul Wolfowitz à une employée, Shaha Riza, avec qui il entretient une relation amoureuse.

Hier, les directeurs généraux de la Banque mondiale profitaient du début de la session de printemps de leur institution et du Fonds monétaire international (FMI) à Washington pour débattre de l'affaire Wolfowitz.

Dans un communiqué, l'institution a précisé que les «directeurs généraux agiront rapidement pour parvenir à une conclusion sur de possibles mesures à prendre», sans toutefois fournir de date précise. Paul Wolfowitz a déjà annoncé qu'il accepterait «toute solution qu'ils proposeront».

Lors d'une conférence de presse jeudi à Washington, Paul Wolfowitz a reconnu avoir commis une «erreur» en favorisant sa compagne. Mais ces excuses publiques n'ont pas suffi à calmer la polémique ni à apaiser la colère du personnel de la Banque mondiale, qui craint que ce scandale n'éclabousse l'image de toute l'institution.

Ainsi, l'association des employés de la Banque mondiale a officiellement réclamé la démission de son président. «Le président doit reconnaître que sa conduite compromet l'intégrité et l'efficacité de la Banque mondiale et détruit la confiance du personnel en sa direction, a déclaré l'association dans un communiqué publié jeudi. Il doit agir avec honneur et démissionner.»

Shaha Riza s'explique

Dans un document rendu public hier par la Banque mondiale, Shaha Riza se présente comme la victime de cette affaire. «Je suis à présent victimisée pour avoir accepté un arrangement que je désapprouvais [au départ]», a expliqué cette intime de M. Wolfowitz dans une note remise au comité ad hoc de la Banque mondiale chargé d'examiner les circonstances de son transfert.

En septembre 2005, peu après l'arrivée de Paul Wolfowitz à la présidence de la Banque mondiale, Shaha Riza, une collaboratrice de l'institution, a été nommée

à un poste au département d'État américain, conformément à la règle qui interdit à un dirigeant ou un cadre d'avoir une relation amoureuse avec un de ses subordonnés.

Ce que l'on reproche à Paul Wolfowitz — et qu'il a reconnu —, c'est d'avoir permis simultanément à sa compagne de conserver ses émoluments à la Banque mondiale, qui plus est avec une forte augmentation de salaire à sa demande.

Selon le Government Accountability Project, un organisme indépendant, Shaha Riza a perçu des émoluments annuels de 193 590 $, comprenant une forte hausse accordée par Paul Wolfowitz.

La nomination de Paul Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale à l'été 2005 sur proposition du président américain George W. Bush a soulevé de vives critiques dans la mesure où il était jusqu'alors numéro deux du Pentagone et avait été, à ce titre, l'un des principaux architectes de la guerre en Irak.

Malgré la tempête suscitée par le scandale actuel, le président Bush continue de le soutenir. «Bien sûr, le président Wolfowitz a notre entière confiance», a déclaré jeudi Tony Fratto, porte-parole de la Maison-Blanche.

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