Les nouveaux défis du nucléaire

Malgré les réductions faites depuis vingt ans, les États-Unis et la Russie possèdent toujours, respectivement, 9900 et 16 000 ogives nucléaires.
Photo: Agence Reuters Malgré les réductions faites depuis vingt ans, les États-Unis et la Russie possèdent toujours, respectivement, 9900 et 16 000 ogives nucléaires.

Au «bon vieux temps» de la guerre froide, l'«empire du mal» montrait ses muscles chaque année sur la place Rouge à Moscou. Une vraie crise, c'était quand les Américains encerclaient l'île de Cuba avec des destroyers pendant que le monde entier retenait son souffle.

Aujourd'hui, c'est l'Iran qui prétend enrichir de l'uranium à l'échelle «industrielle» et qui retient les équipages de trois... zodiacs britanniques. Ou la Corée du Nord, qui attend qu'on débloque quelques millions d'argent sale dans une banque de Macao avant de démanteler une centrale nucléaire.

Face aux nouveaux défis, le monde dispose toujours, grosso modo, du même «coffre à outils» institutionnel: le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) de 1968, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et le Conseil de sécurité de l'Organisation des nations unies.

Le TNP consiste en un certain nombre de marchés conclus entre les puissances nucléaires de l'époque (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité) et les autres pays. Le premier groupe s'est engagé à ne pas transférer d'armes nucléaires ou de matériel s'y rapportant aux autres États, et ces derniers ont promis de ne pas tenter d'en faire l'acquisition. Les pays possédant une technologie nucléaire avancée se sont en revanche engagés à en favoriser la diffusion à des fins pacifiques, essentiellement pour la production d'électricité, sous des «garanties» dont l'application est la plupart du temps confiée à l'AIEA. Depuis plusieurs années, ces règles font l'objet d'un débat.

Pas moins de 189 pays ont ratifié le Traité de non-prolifération, ce qui en fait l'instrument le plus universel après la Convention sur les droits des enfants. Seuls trois États ne l'ont pas signé à ce jour, soit l'Inde, le Pakistan et Israël. Ils se sont tous trois dotés de bombes nucléaires.

Un seul signataire a manqué à ses engagements au point de se doter d'un arsenal nucléaire en produisant clandestinement la matière fissile nécessaire: c'est la Corée du Nord, qui s'en est retirée en 2003.

Les États-Unis et plusieurs pays européens soupçonnent l'Iran de viser le même but avec ses centrifugeuses à uranium, ce que nie la République islamique.

Cette dernière, appuyée en cela par plusieurs pays dont ceux du mouvement des «non-alignés», y voit son droit le plus strict aux termes du TNP, dont l'article IV stipule ceci: «Aucune disposition du présent traité ne sera interprétée comme portant atteinte au droit inaliénable de toutes les parties au traité de développer la recherche, la production et l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques, sans discrimination et conformément aux dispositions des articles I et II du présent traité.»

Selon de nombreux experts, le problème vient de ce que plusieurs technologies à usage civil, dont l'enrichissement de l'uranium et le retraitement du plutonium, sont très semblables à celles permettant de fabriquer des armes nucléaires. Ainsi, un État peut en toute légalité acquérir les technologies qui le mèneront au «seuil» d'une capacité nucléaire militaire.

C'est pourquoi les États-Unis et l'Europe ont vainement proposé à l'Iran de se procurer de l'uranium enrichi auprès de la Russie. L'AIEA et son président, Mohammed el-Baradeï, suggèrent d'ailleurs depuis plusieurs années qu'on amende le TNP afin de limiter le droit d'enrichir l'uranium ou de recycler le plutonium aux pays qui ont déjà maîtrisé ces filières.

Mais le TNP souffre déjà d'un déficit de légitimité dans la mesure où il semble moins exigeant envers les pays du club nucléaire qu'envers les autres.

L'article VI stipule que «chacune des parties au traité s'engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace».

Malgré les réductions faites depuis vingt ans, les États-Unis et la Russie possèdent toujours, respectivement, 9900 et 16 000 ogives nucléaires; le Royaume-Uni, la France et la Chine, 200, 350 et 130 respectivement. Pour ce qui est des pays qui ne font pas partie du TNP, le Bulletin of the Atomic Scientists avance les estimations suivantes: de 120 à 200 pour l'Inde, de 30 à 92 pour le Pakistan, d'une à dix pour la Corée du Nord et de 75 à 200 pour Israël.

Le désarmement n'est pas plus à l'ordre du jour des «cinq grands» qu'il ne l'était au plus fort de la guerre froide, à un moment où pourtant les craintes suscitées par le réchauffement planétaire favorisent l'expansion de l'industrie nucléaire, avec tous les risques de détournement que cela comporte.

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