Les militaires turcs reluquent le nord de l'Irak

Le chef d'état-major de l'armée turque, qui exerce une forte influence dans ce pays, a estimé hier qu'il fallait mener une opération militaire dans le nord de l'Irak pour débusquer les rebelles du PKK turc qui s'y trouvent.

Lors d'une conférence de presse, le général Yasar Buyukanit a souligné que l'armée n'avait pas demandé au Parlement d'autoriser une telle opération. Le Parlement turc doit en effet donner son feu vert à toute intervention en dehors de la Turquie.

«Du point de vue de l'armée, une opération [militaire] doit être menée dans le nord de l'Irak», a déclaré Buyukanit. «L'armée n'a pas fait de demande au Parlement pour une opération transfrontalière.»

La Turquie a plusieurs fois exhorté le gouvernement irakien et les forces d'occupation américaines en Irak à agir contre les quelque 4000 rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui se servent du nord de l'Irak, majoritairement kurde, comme d'une base pour perpétrer des attentats en Turquie.

Ankara a déclaré par le passé qu'il se réservait la possibilité, en conformité avec le droit international, d'envoyer des soldats dans le nord de l'Irak pour débusquer ces rebelles si Bagdad et Washington continuaient à faire fi de ses exhortations dans ce sens.

Des analystes politiques jugent peu probable que la Turquie mène une véritable invasion dans le nord de l'Irak, mais à l'approche du scrutin présidentiel du mois prochain, le gouvernement pourrait autoriser l'armée à effectuer des raids transfrontaliers ponctuels ou des frappes aériennes contre des cibles du PKK.

La Turquie n'a pas apprécié ces derniers jours les commentaires du chef kurde irakien Massoud Barzani, qui a déclaré que les Kurdes irakiens s'immisceraient dans les affaires des principales villes kurdes de Turquie si Ankara intervenait dans le nord de l'Irak.

Washington a appelé hier la Turquie a s'abstenir de lancer une opération en Irak, tout en reconnaissant qu'il faut s'occuper du PKK. Le secrétaire d'État adjoint aux Affaires européennes, Daniel Fried, a téléphoné hier à l'ambassadeur de la Turquie à Washington, Nabi Sensoy, pour lui communiquer la position américaine, a déclaré à la presse le porte-parole du département d'État, Sean McCormack.

«Nous pensons qu'on devrait se concentrer sur une coopération entre les gouvernements turc et irakien», a précisé M. McCormack. «L'idéal est de ne pas recourir à des opérations transfrontalières. Je ne pense pas que ce soit une option séduisante», a-t-il ajouté, notant cependant que «les activités terroristes du PKK sont totalement inacceptables».

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