Les talibans attaquent, inspirés par l'Irak

Kaboul — Au moins 13 personnes, dont un Italien et deux Français, enlevées en un mois, des attentats suicide quasi quotidiens et une multiplication des embuscades: l'Afghanistan fait face à une «offensive» des talibans en partie inspirée des méthodes irakiennes.

Les talibans semblent être passés à leur offensive du printemps qu'ils promettaient depuis des mois avec des attentats ayant causé depuis dimanche la mort de 11 soldats de l'OTAN, dont huit Canadiens, et des attaques suicide frappant au coeur de la capitale, estiment des experts. Leurs méthodes sont de plus en plus sophistiquées en raison de leurs contacts avec des militants beaucoup plus éduqués du réseau al-Qaïda implanté dans les zones tribales pakistanaises, relève Talat Massoud, expert pakistanais sur les questions de sécurité. «Il y a une transposition des méthodes irakiennes à l'Afghanistan», dit-il.

La décapitation des deux guides afghans du journaliste italien Daniele Mastrogiacomo, dont l'une a été filmée, témoigne de cette influence, selon M. Massoud. Un ingénieur indien avait aussi été décapité par les talibans en 2005. L'Italien, lui, a été relâché le 19 mars en échange de cinq prisonniers talibans. Les insurgés détiennent par ailleurs toujours dans le sud du pays deux volontaires français de l'ONG Terre d'enfance et huit Afghans.

«Des rapports font état de contacts entre les talibans et des militants irakiens», assure le chef du département antiterroriste du ministère de l'Intérieur, Abdul Wahaab Khetaab. Le mollah Dadullah, chef des talibans pour le sud du pays, avait affirmé en mars sur la chaîne qatarie al-Jazira que des talibans allaient, «quand ils en avaient la chance», sur les terres irakiennes de la guérilla sunnite. «Nous échangeons des informations», avait-il dit.

La force de l'OTAN soutient sans preuve que des centaines d'étrangers d'Asie centrale, du Maghreb et du Moyen-Orient ont rejoint cette année les rangs des insurgés. Des Arabes, des Tchétchènes et des Ouzbeks avaient notamment combattu avec les talibans avant la chute de ce régime fin 2001.

«Il est évident qu'il y a un effet de mimétisme avec l'Irak. Les idées et les méthodes circulent, mais pour ce qui est des hommes, cela reste à prouver. Aucun taliban afghan n'a encore été trouvé en Irak», relève Olivier Roy, expert français de l'Afghanistan. «Mais nous sommes encore très loin d'un scénario à l'irakienne. L'Afghanistan ressemble plus à la Tchétchénie qu'à l'Irak.» «Les talibans restent un mouvement avec une base sociale et ethnique, pachtoune», ancrée dans le sud du pays, «malgré une internationalisation du conflit», poursuit-il.

Illustration de cette internationalisation: la prise d'otages d'Allemands en Irak par un groupe islamiste irakien réclamant le retrait de troupes d'Afghanistan.

Malgré l'influence d'al-Qaïda, les techniques employées par les talibans, bien que plus sophistiquées, restent pauvres, tempère Talat Massoud.

Les attentats suicide ratent encore souvent leur cible. «Ils sont commis par de pauvres jeunes gens souvent recrutés dans les camps de réfugiés du Pakistan et envoyés sur le front sans grand entraînement», dit-il.

Mais si le bilan des trois premiers mois de l'année a été sensiblement le même que sur la même période de 2006 pour les forces étrangères, avril s'annonce déjà beaucoup plus meurtrier. Avec sept morts, six Canadiens et un Américain, dans des explosions, la journée de dimanche a été la plus sanglante pour les Canadiens en Afghanistan et l'une des plus meurtrières pour la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf).

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