Alger frappé par des attentats suicide revendiqués par al-Qaïda

Les forces de sécurité se sont rapidement rendues au bureau du premier ministre algérien hier.
Photo: Agence Reuters Les forces de sécurité se sont rapidement rendues au bureau du premier ministre algérien hier.

Alger — Une trentaine de personnes ont été tuées et 222 blessées hier en milieu de matinée à Alger dans deux attentats aux voitures piégées conduites par des kamikazes et revendiqués peu après par al-Qaïda au Maghreb.

Dans un communiqué publié sur un site Internet islamiste, souvent utilisé par le réseau d'Oussama ben Laden, la section locale d'al-Qaïda affirme que trois de ses combattants ont commis les attentats à la voiture piégée à Alger, faisant au moins 53 morts, selon elle.

Un attentat contre le siège du gouvernement à Alger a été perpétré par Mouadh ben Jabel au volant d'un véhicule chargé de 700 kilos d'explosifs, selon le texte.

Le communiqué ajoute que le kamikaze Zoubeir Abou Sajida, au volant d'un autre véhicule chargé également de 700 kilos d'explosifs, s'est attaqué au siège d'Interpol à Bab Ezzouar.

Un troisième attentat a visé le siège des forces spéciales de la police à Bab Ezzouar et a été mené à l'aide d'un véhicule chargé de 500 kilos d'explosifs, que conduisait Abou Dajjana.

Le communiqué est accompagné de trois photos, présentées par al-Qaïda au Maghreb comme celles de trois kamikazes.

Les autorités algériennes ont quant à elles fait état de deux attentats qui ont fait 24 morts et 222 blessés, selon un bilan provisoire. Elles ont précisé que les deux attentats avaient été commis à l'aide de voitures conduites par des kamikazes, dont l'un visait le siège du gouvernement en plein centre-ville et l'autre à Bab Ezzouar, endommageant gravement un poste électrique et un commissariat de police.

La communauté internationale a immédiatement condamné ce que le chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem a qualifié d'attentats criminels et lâches.

Les États-Unis ont condamné les attentats en Afrique du Nord et dit qu'ils coopéraient avec les autorités algériennes et marocaines pour identifier les auteurs mais qu'ils ne seraient pas surpris si al-Qaïda était impliqué.

Le département d'État a parlé «d'atrocités» et «d'actes épouvantables [qui] ont tué sans discrimination des membres des forces de sécurité et des civils».

Deux hauts responsables de l'Union européenne, le haut représentant de l'UE pour les Relations extérieures, Javier Solana, et la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, ont condamné «avec la plus grande fermeté les attaques sanglantes commises aujourd'hui à Alger, qui ont fait un grand nombre de victimes», «ces actes odieux et lâches» et «ce type d'actes barbares qui ne mènent à rien».

Alger renoue ainsi avec les attentats en zone urbaine qui avaient été enrayés ces dernières années sous les coups de boutoir des forces de sécurité.

Il ne s'agit pas du premier attentat suicide en Algérie. Le 31 janvier 1995, un attentat suicide avait été commis contre le commissariat central d'Alger, faisant au moins 42 morts et 50 blessés.

L'armée mène également depuis près de 20 jours une vaste opération de ratissage en Kabylie (est de la capitale), dans la région de Béjaïa, où plusieurs milliers de militaires et membres des Groupes de légitime défense (GLD, forces auxiliaires) traquent une centaine d'éléments armés appartenant au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).

Le GSPC s'est rallié en septembre à al-Qaïda en se rebaptisant Branche armée d'al-Qaïda au Maghreb et a annoncé un renforcement de ses liens avec la nébuleuse islamiste internationale.

Depuis début avril, au moins 33 personnes, dont une quinzaine de membres des forces de sécurité, ont été tuées dans des violences attribuées aux islamistes, selon un décompte établi d'après des bilans officiels et de presse.

L'Algérie avait sombré dans la violence en 1992 à la suite de la décision du gouvernement, soutenu par l'armée, d'annuler des législatives que le Front islamique du salut (FIS) était en passe de remporter. Les violences qui ont suivi ont fait près de 200 000 morts.

À voir en vidéo