Ukraine : la Cour subit des pressions

Les manifestations se sont poursuivies hier à Kiev.
Photo: Agence Reuters Les manifestations se sont poursuivies hier à Kiev.

Kiev — La tension est de nouveau montée d'un cran hier en Ukraine, où la Cour constitutionnelle, chargée d'arbitrer la crise sur la dissolution du Parlement, a brusquement reporté l'examen de l'affaire au 17 avril, tandis que cinq de ses membres demandaient une protection.

L'examen du décret présidentiel de dissolution, qui devait commencer aujourd'hui, a été reporté au 17 avril, a annoncé la cour sans aucune explication.

Auparavant, cinq juges ont dénoncé «des pressions grossières» de la part de la coalition gouvernementale prorusse, qui conteste la légitimité du décret de dissolution

«Afin de garantir notre sécurité, nous demandons qu'on nous donne une protection d'État», ont déclaré les cinq juges — sur les 18 que compte la cour — dans une déclaration lue par l'un d'eux, Volodymyr Kampo, lors d'une conférence de presse.

Les juges, dont trois ont été nommés par le président Viktor Iouchtchenko, ont reproché à la majorité prorusse de «suggérer quelle décision doit prendre la cour» et de «faire monter la tension, ce qui est un élément de pression».

Le président Iouchtchenko s'est de son côté une nouvelle fois entretenu avec son adversaire, le premier ministre Viktor Ianoukovitch, sur la dissolution du Parlement, tandis que les manifestants prorusses intensifiaient leurs protestations.

«À l'issue de la rencontre, la position du chef de l'État est restée inchangée», a annoncé la présidence dans un communiqué. Le président ne reviendra pas sur son décret de dissolution et ne voit de compromis possible qu'autour d'élections législatives anticipées. M. Iouchtchenko a cependant assuré qu'il respecterait la décision de la Cour constitutionnelle.

Il a aussi rejeté l'idée d'une présidentielle anticipée suggérée par la coalition prorusse pour sortir de la crise. «Cela n'est pas un sujet de discussion», a martelé le chef de l'État.

M. Iouchtchenko a prononcé la dissolution du Parlement le 2 avril, après des mois de conflits avec la coalition gouvernementale de M. Ianoukovitch.

En attendant que la cour se prononce, les partisans de la coalition prorusse ont intensifié leurs protestations contre la dissolution, au lendemain de la trêve pascale. Plusieurs milliers de manifestants se sont réunis sur la place centrale de Kiev pour soutenir le Parlement et M. Ianoukovitch.

D'un à deux mille partisans du président ont également manifesté sur une autre place du centre-ville, selon la télévision Kanal 5, alors que le parti présidentiel Notre Ukraine annonçait un important rassemblement aujourd'hui à Kiev.

Le président Iouchtchenko a critiqué les protestations organisées par ses adversaires, estimant que les participants étaient payés. «Cela discrédite leurs organisateurs» et nuit aux négociations politiques visant à trouver une solution à la crise, a-t-il dit.

Les protestations risquent de provoquer une situation dangereuse, vu le nombre de manifestants à Kiev, a ajouté le chef de l'État.

Un argument également utilisé par l'autre camp: le ministre adjoint de l'Intérieur Viktor Souslov, proche des prorusses, a ainsi évoqué le risque de provocations et d'affrontements destinés à «encourager le président à introduire l'état d'urgence».

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