L'Irak unie contre l'Amérique

À Najaf, des drapeaux américains ont été brûlés hier parmi la foule qui portait des banderoles où figuraient des slogans hostiles aux États-Unis et au président George W. Bush comme «À bas Bush» ou «À bas l’Amérique».
Photo: Agence Reuters À Najaf, des drapeaux américains ont été brûlés hier parmi la foule qui portait des banderoles où figuraient des slogans hostiles aux États-Unis et au président George W. Bush comme «À bas Bush» ou «À bas l’Amérique».

Bagdad — Quatre ans après la chute de Bagdad, des dizaines de milliers d'Irakiens enveloppés dans le drapeau national ont marqué cet anniversaire hier en manifestant dans le calme contre l'«occupation américaine» dans la ville sainte chiite de Najaf, à l'appel de l'imam chiite radical Moqtada al-Sadr.

Le 9 avril 2003, l'armée américaine entrait dans la capitale irakienne. C'était la fin du régime de Saddam Hussein et la promesse de la liberté et d'une vie meilleure. Mais cette promesse a vite été enterrée par les violences et la peur et, quatre ans plus tard, la situation des Irakiens ne s'est guère améliorée.

Dès dimanche, Moqtada al-Sadr a appelé ses miliciens à redoubler d'efforts pour bouter l'armée américaine hors d'Irak. «Vous, l'armée irakienne et les forces de police, ne marchez pas à côté des occupants, car ils sont votre ennemi suprême», a-t-il lancé dans un communiqué.

La sécurité avait été renforcée hier dans tout le pays, avec une interdiction de tous les véhicules à Bagdad, par crainte de nouvelles violences. À Najaf, le rassemblement s'est finalement déroulé dans le calme. Des milliers de manifestants ont convergé de Koufa vers la ville voisine de Najaf, à 160 km au sud de Bagdad, alors que la route était balisée par deux cordons de police. Certains d'entre eux arboraient de petits drapeaux irakiens; d'autres soulevaient un étendard long d'une dizaine de mètres; des tracts étaient distribués. On pouvait y lire «Oui, oui à l'Irak» et «Oui, oui à Moqtada. Les occupants doivent quitter l'Irak». «À bas l'Amérique», clamait également une banderole.

«L'ennemi qui occupe notre pays prend maintenant pour cible la dignité du peuple irakien», a déploré un des manifestants, le parlementaire Nassar al-Roubaïe, chef du groupe de Moqtada al-Sadr au Parlement. «Après quatre années d'occupation, nous avons des centaines de milliers de personnes tuées et blessées.»

Des soldats irakiens en uniforme se sont joints à la foule, en tête de laquelle se trouvaient une dizaine d'imams, dont un sunnite. Trente membres du Parti islamique, un mouvement sunnite, ont parcouru plusieurs centaines de kilomètres depuis Bassora pour participer au rassemblement de Najaf aux côtés des Sadristes.

La manifestation s'est achevée trois heures plus tard, sans incident. Moqtada al-Sadr n'était pas présent. Il n'est pas apparu en public depuis des mois et les autorités américaines affirment qu'il a quitté le pays après le début de la vaste offensive contre l'insurrection à Bagdad le 14 février. Ses partisans assurent pour leur part que l'imam se trouve toujours en Irak.

Le colonel Steven Boylan, porte-parole de l'armée américaine, a salué le caractère pacifique de la manifestation, estimant que les Irakiens «n'auraient pas pu faire cela quatre ans auparavant».

«C'est le droit de se réunir, le droit de s'exprimer librement; ils ne les avaient pas sous l'ancien régime», a-t-il observé.

Le ministre irakien des Affaires étrangères Hoshyar Zebari a jugé hier que «des erreurs avaient été commises» après la chute du régime de Saddam Hussein il y a quatre ans. «La principale erreur a été le vide laissé dans les domaines de la sécurité et de la politique, et la deuxième a été la manière dont les forces de libération sont devenues des forces d'occupation», a-t-il dit sur la chaîne al-Arabiyah.

Après trois jours d'affrontements à Diwaniyah, les forces américaines ont poursuivi leurs opérations hier dans la ville. Malgré le couvre-feu, de nouvelles violences ont été signalées dans le pays, où 25 personnes au total ont été tuées ou ont été retrouvées mortes au cours de la journée, selon des informations diffusées par la police et une morgue.

Le premier ministre irakien Nouri al-Maliki, en visite au Japon où il a rencontré son homologue Shinzo Abe, a cependant voulu se montrer confiant. «La nation est une et le peuple est uni [...] dans l'effort de reconstruction de l'Irak», a-t-il assuré.

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