En visite en Afghanistan - Cheney est visé par un attentat revendiqué par les talibans

Des soldats américains ont inspecté hier les lieux de l’attentat qui s’est produit près d’une base militaire.
Photo: Agence Reuters Des soldats américains ont inspecté hier les lieux de l’attentat qui s’est produit près d’une base militaire.

Kaboul — Un kamikaze issu des talibans a tué une douzaine de personnes hier devant la principale base américaine en Afghanistan, et le mouvement islamiste a dit avoir visé le vice-président américain Dick Cheney, qui se trouvait sur place mais n'a pas été blessé.

Deux soldats, de nationalités américaine et sud-coréenne, sont au nombre de ceux qui ont trouvé la mort dans l'attentat perpétré devant la base de Bagram, à 60 km environ au nord de Kaboul, ont indiqué des responsables de l'OTAN et de Séoul. L'Alliance atlantique a fait état de 27 blessés.

Un photographe de Reuters a dénombré huit cadavres en plus des quatre morts signalés par l'OTAN, ce qui donnerait un bilan de 12 tués.

«Nous avons voulu prendre pour cible [...] Cheney», a dit par téléphone le mollah Hayat Khan, porte-parole du mouvement islamiste qui parlait d'un lieu indéterminé.

Le numéro deux de la Maison-Blanche se trouvait néanmoins à plusieurs kilomètres de l'explosion. Il y avait peu de chances qu'un kamikaze puisse pénétrer à l'intérieur de ce vaste périmètre, l'un des mieux gardé du pays. Il est toutefois troublant que les talibans aient été mis au courant de la présence du vice-président américain, dont le voyage a été entouré du plus grand secret. Même les journalistes qui l'accompagnaient dans son avion ne pouvaient diffuser d'informations qu'après son départ. En outre, il n'était pas prévu que Cheney passe la nuit en Afghanistan. Seules les conditions météo ont imposé ce changement de dernière minute.

Peu après l'explosion, Cheney — qui, selon des responsables, n'a été en danger à aucun moment à l'intérieur de la base — s'est rendu à Kaboul où il a eu un entretien avec le président afghan Hamid Karzaï. Cheney aurait dû rencontrer Karzaï lundi, mais il avait été bloqué par la neige à Bagram. Il s'était entretenu auparavant à Islamabad avec le président pakistanais Pervez Musharraf.

Karzaï et le dirigeant américain ont eu 45 minutes d'entretien en tête à tête au palais présidentiel de Kaboul avant d'élargir les discussions à leurs conseillers. Les deux hommes n'ont fait ensuite aucun commentaire, et Cheney a quitté l'Afghanistan pour Oman à bord d'un avion militaire.

«On a, à l'évidence, cherché à mettre en cause l'autorité du gouvernement central», a-t-il par la suite confié aux journalistes qui l'accompagnaient à bord de son avion.

«Frapper à Bagram avec un kamikaze est, je pense, l'un des moyens d'y arriver», a ajouté Cheney, qui a raconté avoir entendu la déflagration alors qu'il passait la nuit sur la base des environs de Kaboul. Immédiatement après l'explosion, le vice-président a été conduit dans un abri antibombe.

La Maison-Blanche a jugé plausible que les talibans soient responsables de l'attentat, mais a tenté de minimiser la faculté de nuisance des extrémistes islamistes. «Je ne peux pas confirmer la revendication des talibans. Évidemment les talibans cherchent constamment les moyens d'ébranler le gouvernement Karzaï [...] Je dirais que nous ne les en déchargerions pas, mais je ne peux pas le confirmer pour vous», a déclaré à la presse la porte-parole adjointe de la Maison-Blanche, Dana Perino.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Snow, a cependant déclaré ultérieurement que l'enquête était en cours, tout en mettant en garde contre les conclusions hâtives et en parlant d'un acte isolé.

On n'a pas réveillé le président George W. Bush pour l'informer de l'événement, mais ses collaborateurs lui ont rendu compte des faits dans la matinée, a rapporté Mme Perino.

La visite de Dick Cheney intervient au moment où Washington signale que les talibans et leurs alliés d'al-Qaïda se regroupent au Pakistan et en territoire afghan. Quelque 27 000 soldats américains sont stationnés en Afghanistan où les États-Unis jugent crucial pour leur propre sécurité de vaincre les talibans. Le gouvernement afghan, ses alliés étrangers et les insurgés annoncent tous une offensive majeure pour le printemps.

Environ 4000 personnes ont été tuées en Afghanistan en 2006, ce qui en fait l'année la plus sanglante connue par ce pays depuis la chute du gouvernement des talibans en 2001. On y a enregistré 139 attentats suicides, contre 21 en 2005. La Grande-Bretagne a annoncé lundi qu'elle allait envoyer 1400 soldats supplémentaires en Afghanistan.

À Islamabad, Cheney a demandé lundi à Musharraf de combattre plus résolument les talibans et les autres activistes qui utilisent le territoire pakistanais pour se replier et s'entraîner.

Citant des responsables américains, ABC News a rapporté que le directeur adjoint de la CIA, Stephen Kappes, avait aussi présenté à Musharraf des preuves «convaincantes» d'un regain d'activité d'al-Qaïda sur le territoire pakistanais.

Selon ABC, les documents de la CIA mettent en évidence plusieurs nouveaux camps du réseau islamiste dans la province pakistanaise frontalière du Waziristan.

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