Retour à un ton plus conciliant entre la Russie et les États-Unis

Washington — Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a assuré hier qu'il n'y aurait pas de nouvelle guerre froide entre son pays et les États-Unis, alors que son homologue américaine Condoleezza Rice a aussi adopté un ton conciliant tout en justifiant l'expansion de l'OTAN vers l'Est.

Le ministre russe des Affaires étrangères a affirmé hier qu'il n'était pas question pour la Russie d'envenimer ses relations avec les États-Unis, en dépit des critiques récentes du président Poutine contre l'unilatéralisme américain. «Une nouvelle guerre froide? Certainement pas», a estimé le chef de la diplomatie russe dans une tribune au Washington Post.

Les relations entre Moscou et Washington se sont tendues ces dernières semaines et la rhétorique est encore montée d'un cran depuis que le projet d'installation d'un bouclier antimissiles américain en Pologne et en République tchèque se concrétise.

Le président russe Vladimir Poutine avait lui aussi dénoncé les États-Unis avec virulence, estimant qu'ils débordaient de leurs frontières nationales dans tous les domaines et qu'ils représentaient un facteur d'instabilité dans le monde. Pour sa part, interrogée sur la chaîne Fox hier, la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, a justifié l'expansion de l'OTAN en Europe orientale, tout en affirmant «vouloir poursuivre une coopération» dans ce domaine avec Moscou.

Mme Rice a affirmé que «l'élargissement de l'OTAN et de l'Union européenne est un des grands succès de l'après-guerre froide, et a aidé à consolider une Europe démocratique et sûre».

«La Russie n'a pas à avoir peur d'avoir des démocraties à ses frontières», a-t-elle dit et «en ce qui concerne le bouclier antimissiles, personne ne peut laisser entendre que 10 intercepteurs déployés en Pologne vont menacer les milliers d'ogives de la défense russe».

«La Russie n'est pas l'Union soviétique», a-t-elle ajouté, «nous devons reconnaître cela, c'est un pays différent et nous avons une relation différente».

La secrétaire d'État américaine a évoqué une coopération «sur de nombreux fronts» avec la Russie. «Nous coopérons sur la Corée du Nord, l'Iran, sur le nucléaire, en essayant de prévenir le terrorisme nucléaire», a-t-elle ajouté. «Parfois nous avons des désaccords», a-t-elle reconnu faisant écho au commentaire de M Lavrov qui a relevé que «dans toute relation, des désaccords surviennent».

«Si vous lisez entièrement le discours [prononcé à Munich], vous verrez que Poutine n'attaquait pas les États-Unis et qu'il ne proposait pas non plus que la Russie joue le rôle de contre-poids à l'unilatéralisme américain», a pour sa part expliqué M. Lavrov.

«Il appelait, au contraire, à un monde doté de plusieurs centres d'influence, où des intérêts différents travaillent ensemble, de façon multilatérale, pour dégager un dénominateur commun sur les problèmes internationaux», a-t-il ajouté.

S'exprimant le 10 février à Munich, le président russe Vladimir Poutine s'était livré à un réquisitoire contre l'«unilatéralisme» des États-Unis au Proche-Orient les accusant de «déborder de leurs frontières nationales dans tous les domaines» et de créer une situation telle que «personne ne se sent plus en sécurité» dans le monde. «Les observateurs font une erreur grave lorsqu'ils prennent, à tort, l'expression honnête et transparente d'inquiétudes comme une sorte de casus belli», a relevé le ministre russe.

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