Indépendance du Kosovo - Le soutien de Moscou à Belgrade est incertain

Belgrade — La classe politique serbe s'interrogeait hier sur la stratégie à suivre après la présentation du plan de l'ONU pour l'avenir du Kosovo, la Russie, alliée traditionnelle de la Serbie, ayant exhorté inopinément Belgrade à se montrer «constructif».

La nouvelle est tombée alors que l'État serbe, en pleine transition après des élections qui n'ont donné aucune majorité tranchée, peine à définir une position unifiée. Belgrade pensait pouvoir compter à coup sûr sur le soutien de Moscou, qui dispose d'un droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU. Or le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, cité par la presse du week-end, a fait savoir qu'il n'était pas du tout garanti que Moscou utilise son veto pour empêcher l'indépendance du Kosovo.

Le président serbe Boris Tadic a convoqué les chefs des partis pour élaborer une réponse cohérente au plan présenté vendredi par l'émissaire spécial de l'ONU au Kosovo, Martti Ahtisaari. Ils sont convenus que Tadic devait se rendre à Vienne la semaine prochaine, à l'invitation d'Ahtisaari... pour dire que Belgrade n'est pas encore prêt à négocier.

Aucun parti n'a remporté de majorité décisive lors des élections législatives du 21 janvier. Le nouveau parlement n'a pas encore siégé et les divergences suscitées par le plan d'Ahtisaari compliquent la formation d'une coalition.

«Le seul détenteur du pouvoir exécutif, la seule institution légitime dans le pays en ce moment est le président de la Serbie. Et si nous n'avons aucune autre instance, la responsabilité lui incombe», a déclaré Vladeta Jankovic, du Parti démocratique de Serbie, formation du premier ministre Vojislav Kostunica. «Nous n'avons rien contre le fait qu'il aille à Vienne et qu'il représente temporairement la position de la Serbie.»

Tadic et Kostunica, rivaux en politique, ont réagi différemment à l'évolution proposée du statut du Kosovo, à savoir une large autonomie suivie à terme de l'indépendance. Tadic a reçu Ahtisaari quand il est venu présenter son plan à Belgrade, contrairement à Kostunica.

Hier, Tadic a déclaré que le nouveau parlement devait siéger immédiatement pour débattre du plan d'Ahtisaari, de la réponse de Belgrade et de la formation d'une équipe de négociateurs.

Selon la presse serbe, certains partis ont proposé de demander un délai supplémentaire à l'ONU tandis que d'autres prônaient une session d'urgence du parlement sortant pour renouveler le mandat de l'ancienne équipe chargée des négociations sur le Kosovo.

Hier, le quotidien serbe Blic citait des sources gouvernementales selon lesquelles des responsables russes auraient prévenu Kostunica que «si la Serbie rejette tout, la Russie ne la soutiendra pas, car elle n'est pas constructive».

En visite au Kosovo, un émissaire des États-Unis, Frank Wisner, a déclaré au sujet du plan d'Ahtisaari qu'il s'agissait d'une «excellente proposition métitant un entier soutien», ajoutant qu'il irait à Moscou pour tenter d'y rallier la Russie.

Une délégation européenne comprenant le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, et le représentant de la diplomatie de l'UE, Javier Solana, s'y trouve déjà pour tenter de rapprocher les vues entre la Russie et l'UE sur l'avenir de la province serbe séparatiste, majoritairement peuplée d'Albanais de souche.