La trêve semble se matérialiser à Gaza

À l’invitation du «Mini Parlement palestinien», des jeunes de Rafah ont réclamé hier la fin des hostilités intestines entre le Fatah et le Hamas.
Photo: Agence Reuters À l’invitation du «Mini Parlement palestinien», des jeunes de Rafah ont réclamé hier la fin des hostilités intestines entre le Fatah et le Hamas.

Gaza — Les activistes armés ont commencé à se retirer hier des rues de Gaza, des otages ont été libérés et de nombreux magasins ont rouvert leurs portes, premiers signes concrets d'une nouvelle trêve conclue la veille au soir entre le Hamas et le Fatah, ont rapporté des habitants.

Des policiers ont pris position aux principaux carrefours de Gaza après une matinée tendue marquée par l'explosion de plusieurs obus de mortier à proximité des bureaux du président Mahmoud Abbas. Le Hamas a démenti être à l'origine de ces tirs, qui n'ont pas fait de blessés. Les activistes du Hamas, au pouvoir dans les territoires, ont libéré plusieurs membres du Fatah qu'ils retenaient en otages, mais ils en détiennent encore. Selon les derniers décomptes, le Hamas détient 9 otages et le Fatah, 28.

À Damas, où il vit en exil, le leader du Hamas, Khaled Méchaal, a lancé un appel aux deux factions pour qu'elles mettent un terme aux combats. «Je vous appelle tous, mes frères des terres palestiniennes, à prendre vos responsabilités. Nous voulons une paix durable entre nous. Nous devons préserver notre sang. Le dialogue est le seul moyen de résoudre nos divergences», a-t-il dit.

Des dirigeants du Fatah et du Hamas se sont rencontrés à Gaza pour tenter de renforcer le cessez-le-feu et ont dit constater des signes encourageants. «La libération des otages sera achevée ce soir, et des mesures ont été prises pour la levée des barrages dans les rues», a dit un responsable du Fatah, Ahmed Helles.

Aïman Taha, responsable du Hamas, a déclaré que les deux parties étaient convenues de faire évacuer leurs hommes des toits et des rues d'ici minuit. Quatre jours de violents combats ont fait 28 morts dans le territoire. Un responsable hospitalier a signalé la mort hier de deux membres de la garde présidentielle de Mahmoud Abbas blessés par balles au cours de combats ce week-end.

Plus de 80 Palestiniens ont été tués depuis l'échec, en décembre, de négociations entre le Hamas et le Fatah sur la formation d'un gouvernement d'union et l'annonce, par Abbas, de la tenue d'élections législatives et présidentielle anticipées.

Vainqueur des élections de janvier 2006, le Hamas a qualifié cette initiative présidentielle de coup d'État. À l'invitation de l'Arabie Saoudite, Abbas et Méchaal doivent se rencontrer demain à La Mecque pour tenter de trouver un terrain d'entente.

Le premier ministre palestinien Ismaïl Haniyeh va quitter Gaza sous peu pour participer aux discussions, selon Mohammad al-Madhoun, son directeur de cabinet. D'autres pourparlers de ce type n'ont débouché sur aucun résultat concret.

Des responsables israéliens ont déclaré que la tenue d'un sommet ce mois-ci entre la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice, le premier ministre israélien Ehoud Olmert et Abbas dépendait du résultat des pourparlers de La Mecque. Israël et les États-Unis ne veulent pas qu'Abbas donne son feu vert à la formation d'un gouvernement d'union nationale qui ne remplirait pas trois conditions: reconnaître Israël, renoncer à la violence et respecter les accords de paix passés avec l'État juif, ce à quoi le Hamas se refuse.

Concernant les violences de ces derniers jours entre factions palestiniennes, Olmert a déclaré: «C'est un problème intérieur dont nous sommes mécontents.» Avec l'assentiment d'Israël, l'Égypte et la Jordanie fournissent des armes et des munitions aux forces d'Abbas, selon des responsables israéliens.

Par ailleurs, selon le journal israélien Haaretz qui cite des sources militaires, Israël a accéléré les préparatifs d'une éventuelle incursion militaire dans la bande de Gaza par crainte d'une reprise des attaques contre son territoire à la faveur des combats interpalestiniens. Le terminal de Karni pour le transit des marchandises entre la bande de Gaza et Israël a été fermé hier par l'armée israélienne par crainte d'attentat.

Si les deux factions rivales ont promis de respecter la trêve, les tensions demeurent vives entre le Fatah et le Hamas. Les Brigades Izzedine al Kassam, émanation du Hamas, ont appelé les activistes du Fatah et les membres de la garde présidentielle qui ont incendié vendredi une partie de l'Université islamique de Gaza, à se rendre d'ici mercredi soir sous peine de s'exposer à une «punition». Un neveu de Mohammad Dahlan, puissant responsable du Fatah et proche conseiller d'Abbas, a été enlevé ce week-end par des hommes armés et l'on ignore où il se trouve.

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Avec l'AFP