Apprendre à rendre les armes

Le jeune Bah Bola, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre le front de Monrovia, en 2003. Depuis, le Liberia a vu nombre de jeunes enfants-soldats revenir à la vie civile.
Photo: Agence Reuters Le jeune Bah Bola, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre le front de Monrovia, en 2003. Depuis, le Liberia a vu nombre de jeunes enfants-soldats revenir à la vie civile.

Une conférence sur les enfants-soldats, dont le nombre est estimé entre 250 000 et 300 000 dans le monde, s'ouvre aujourd'hui à Paris. Cette rencontre, la première du genre en dix ans, vise à mettre à jour les normes adoptées au Cap en 1997 en ce qui concerne la libération et la réinsertion sociale de ces jeunes.

«Il s'agit de mettre les intérêts des enfants davantage au centre du processus. On constate des problèmes en matière de réinsertion. Souvent, ils ne trouvent pas leur place dans leur communauté, et ils ont tendance à partir, soit pour retourner vers les camps militaires soit pour disparaître», précise Rhadika Coomaraswamy, représentante spéciale de l'ONU pour les enfants dans les conflits armée, soulignant le besoin de développer les services d'éducation, de formation et même de loisir dans les pays affectés.

«Les programmes de réinsertion garantissent aux enfants une année de scolarité. Ce devrait être davantage, affirme de son côté Andrew Philip, spécialiste de la question à Amnesty International. En République démocratique du Congo [RDC], ce minimum n'est même pas rempli» ajoute-t-il, mentionnant les carences en matière d'éducation, de santé et de justice dans ce pays.

Pourquoi le flou dans les chiffres? Rhadika Coomaraswamy l'explique par la difficulté d'avoir accès au terrain. «Nous recevons des informations anecdotiques, par exemple en Tchétchénie et en Somalie, mais il est impossible de connaître la situation d'ensemble», affirme la responsable onusienne, qui croit malgré tout que le nombre global tend à diminuer.

Le phénomène touche la plupart des continents, même si c'est l'Afrique — et particulièrement la RDC malgré les accords de paix qui y ont été signés — qui est le plus touchée. En effet, il s'étend aukssi à des pays comme le Sri Lanka, la Birmanie, la Colombie, la Tchétchénie ou encore le Népal, où Human Rights Watch vient d'exiger que les maoïstes libèrent les quelque 4500 enfants-soldats qu'ils sont soupçonnés de garder dans leurs rangs.

Alors que des jeunes retournent à la vie civile dans des pays comme le Liberia, la Sierra Leone et une partie de la RDC, le recrutement de nouveaux enfants-soldats a été signalé récemment en Somalie, ainsi que dans la province du Darfour, dans l'ouest du Soudan.

Dans ce dernier pays, le nombre d'enfants-soldats diminue dans le sud depuis la fin de la guerre civile, mais c'est le contraire qui se produit au Darfour, malgré l'accord de paix signé en mai entre le gouvernement et une partie des rebelles, signalait Rhadika Coomaraswamy la semaine dernière, au terme d'une visite de sept jours.

Par ailleurs, le mois dernier, des ONG et des agences des Nations unies ont rapporté qu'un nombre grandissant d'enfants, certains ne dépassant pas l'âge de onze ans, étaient engagés par des milices somaliennes, alors que les combats s'intensifiaient entre les tribunaux islamiques et le gouvernement provisoire.

L'ONU signale que les jeunes combattants sont généralement pauvres, illettrés et originaires de zones rurales. Décrits comme des soldats obéissants, ils seraient facilement influencés par les idéologies ethniques et religieuses. 20 % d'entre eux sont des filles, note Andrew Philip. «Et pourtant, à certains endroits, elles ne comptent que pour 1 à 3 % au moment de la démobilisation, dit-il. Parmi les raisons, il y a la peur d'être stigmatisées ou le fait d'être retenues par les commandants en tant qu'"épouses".»

Des instruments juridiques internationaux existent depuis plusieurs années. La Convention sur les droits de l'enfant des Nations unies interdit le recrutement des enfants de moins de quinze ans. Un protocole ajouté à ce texte interdit la participation aux hostilités d'enfants de moins de 18 ans ou leur recrutement, tout en permettant l'enrôlement de volontaires à partir de 16 ans. La plupart des agences intéressées voudraient que cet âge soit également porté à 18 ans.

Depuis 1977, par ailleurs, un ajout aux conventions de Genève fait du recrutement ou de l'emploi dans les conflits d'enfants de moins de quinze un crime de guerre.

À La Haye, la Cour pénale internationale a porté la semaine dernière des accusations de recrutement forcé d'enfants contre un chef de guerre congolais, Thomas Lubanga, en vertu de cette disposition. Ce sera le premier procès instruit par ce tribunal créé en juillet 2002.

Lubanga, 46 ans avait été arrêté en mars 2006 dans le district d'Ituri, dans le nord-est de la RDC.