Les talibans s'apprêtent à intensifier leur campagne d'attentats suicide en Afghanistan

Le mollah Khan a été photographié dans une base secrète située dans le sud de l’Afghanistan.
Photo: Agence Reuters Le mollah Khan a été photographié dans une base secrète située dans le sud de l’Afghanistan.

Spin Boldak, Afghanistan — Les talibans s'apprêtent à intensifier leur campagne d'attentats suicide en Afghanistan, où ils jouissent du soutien de 95 % de la population, a déclaré à Reuters un chef de la milice islamiste, alors que les États-Unis ont pris hier le commandement des forces de l'OTAN dans le pays.

Interrogé samedi dans une base secrète située dans le sud de l'Afghanistan, le mollah Hayatullah Khan a également assuré que son mouvement, autrefois soutenu par le Pakistan, ne bénéficiait d'aucune aide extérieure et opérait entièrement à partir du territoire afghan. L'armée américaine, l'OTAN et des diplomates pensent que les talibans disposent de bases arrière et de camps d'entraînement au Pakistan, où ils sont soutenus par les tribus pachtounes.

«Nous avons achevé 80 % de nos préparatifs pour combattre les forces américaines et étrangères et nous sommes sur le point de déclencher la guerre», a prévenu Khan, chef de guérilla de 35 ans au visage orné d'une barbe noire et masqué pour la circonstance, tenant entre ses mains une Kalachnikov.

Pour réaliser cette interview, un journaliste de Reuters a été rejoint par un taliban à Spin Boldak, ville de l'est de l'Afghanistan proche du Pakistan, puis conduit pendant une heure, à moto, sur une petite route boueuse. L'interview s'est déroulée en présence d'une cinquantaine de talibans réunis dans une pièce d'un bâtiment en ruines et Reuters n'a été autorisé ni à parler à ces combattants ni à les photographier. Ces rebelles étaient en train de confectionner des mines antichar, à l'aide d'explosifs et d'autocuiseurs.

«Les talibans sont présents partout en Afghanistan et nous avons des bases dans toutes les provinces», a poursuivi Khan. «Les talibans ne sont pas présents au Pakistan, car le Pakistan nous a causé du tort et a remis plusieurs de nos collègues aux États-Unis.»

Selon lui, le projet pakistanais de construction d'une barrière minée le long des 2500 km de la poreuse frontière avec l'Afghanistan n'aura aucune conséquence sur l'activité des talibans.

L'Afghanistan a connu en 2006 son année la plus sanglante depuis le renversement des talibans fin 2001 par une coalition sous commandement américain, en raison de leur refus de remettre aux États-Unis Oussama ben Laden après les attentats du 11 septembre 2001. Khan avait déjà prévenu la semaine dernière: «[2007] sera l'année la plus sanglante pour les forces étrangères.»

Il assure que le mollah Omar, chef des talibans, se trouve en Afghanistan, d'où il dirige les combats contre les armées afghanes et étrangères. Les talibans maintiennent des contacts de haut niveau avec al-Qaïda, même si le réseau de Ben Laden concentre désormais ses efforts sur l'Irak, a poursuivi le mollah Khan. «Tous les moudjahidines d'al-Qaïda sont en Irak. Avant, ils étaient à nos côtés, mais, désormais, seuls les talibans afghans sont actifs dans la guerre sainte en Afghanistan.»

Par ailleurs, le commandant des talibans qui se sont emparés vendredi de Musa Qala, chef-lieu de district dans le sud de l'Afghanistan, a été tué hier dans un raid aérien ciblé, alors qu'à Kaboul le général américain Dan McNeill prenait la tête de la force de l'OTAN.

Après ce raid de l'OTAN, les talibans, qui assuraient la veille vouloir «résister à toute contre-attaque», ont sensiblement assoupli leur position, se disant prêts à «rendre le district aux chefs tribaux» si des garanties leur étaient données.

Le commandant taliban, considéré comme le «responsable du soulèvement et des récentes attaques à Musa Qala», a été tué par une frappe ciblée alors qu'il se trouvait à bord de son véhicule dans «une région isolée de ce village», a déclaré Dave Marsh, porte-parole à Kandahar de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) de l'OTAN, cité dans un communiqué. L'homme a été identifié comme le mollah Abdoul Ghafoor.

Un nombre indéterminé de taliban contrôlent depuis vendredi Musa Qala, chef-lieu du district du même nom dans la province d'Helmand où un calme relatif régnait depuis la conclusion fin septembre d'un accord controversé entre les chefs tribaux et les troupes britanniques de l'Isaf.

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Avec l'AFP