La situation menace d'encore se dégrader en Irak, selon le renseignement américain

Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, rejette la notion de «guerre civile».
Photo: Agence Reuters Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, rejette la notion de «guerre civile».

Washington — Le renseignement américain a affirmé hier que la situation risque de se dégrader encore davantage en Irak si rien n'est fait pour arrêter les violences entre communautés chiite et sunnite.

Lors des 12 à 18 prochains mois, il est possible que «la situation sécuritaire continue de se détériorer à un rythme comparable à celui de la fin de l'année 2006», selon un rapport réalisé par les 16 agences contribuant au renseignement américain.

Le document estime qu'un retrait rapide des troupes américaines, réclamé par l'opposition démocrate américaine, serait catastrophique: «Si un retrait rapide avait lieu, nous estimons que les forces de sécurité irakiennes ne survivraient probablement pas en tant qu'institution nationale non confessionnelle.»

Le résultat serait «une violence croissante et un désordre politique», une possible intervention de voisins de l'Irak, des attaques accrues par al-Qaïda à l'intérieur et à l'extérieur du pays et un nombre élevé de victimes civiles et de réfugiés.

Le rapport est pessimiste à propos de la capacité des forces de sécurité irakiennes, notamment la police, à assumer davantage de responsabilités au cours des prochains 12 à 18 mois, la période couverte par l'analyse, et à couper leurs liens avec les milices chiites. Il fait état de signes de «guerre civile».

Cela semble ainsi contredire les affirmations de la Maison-Blanche, qui refuse de qualifier la situation en Irak de guerre civile. «La communauté du renseignement juge que l'expression "guerre civile" ne représente pas de manière adéquate la complexité du conflit en Irak. Cependant, l'expression "guerre civile" décrit de manière correcte des éléments clés du conflit en Irak», déclare le document en citant les violences confessionnelles, la mobilisation des communautés chiite et sunnite et des déplacements de population.

Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a rejeté hier l'idée d'une guerre civile en Irak. «L'expression "guerre civile" simplifie trop une situation très complexe en Irak», a-t-il dit juste avant la publication du rapport. «Il y a quatre guerres en cours en Irak. La première oppose des chiites à d'autres chiites, surtout dans le sud. La deuxième est intercommunautaire, surtout à Bagdad, mais pas seulement là. La troisième vient d'insurgés, la quatrième d'al-Qaïda», a-t-il ajouté.

Le conseiller du président George W. Bush à la sécurité nationale, Stephen Hadley, a dit estimer hier que le rapport du renseignement américain était «dur» mais «juste» et n'était pas en contradiction avec

la nouvelle stratégie présidentielle en Irak. Selon lui, ce sont précisément les renseignements contenus dans ce rapport qui ont conduit M. Bush à énoncer un nouveau plan pour l'Irak le 10 janvier.

La nouvelle stratégie prévoit l'envoi de 21 500 soldats venant s'ajouter aux quelque 138 000 militaires américains actuellement déployés dans le pays. Mais cette stratégie suscite le scepticisme du Congrès.

La sénatrice démocrate Hillary Clinton a promis hier de mettre fin à la guerre en Irak si elle était élue en 2008. Le Sénat doit débattre la semaine prochaine d'un texte, proposé par les présidents actuel et passé de la Commission des forces armées, le démocrate Carl Levin et le républicain John Warner, et qui désapprouve le déploiement de soldats supplémentaires.

Le couvre-feu a été levé hier dans la ville sainte chiite de Najaf (sud), cinq jours après des combats avec une secte armée chiite, tandis que Hilla pansait ses plaies après la mort de 73 personnes dans un double attentat suicide jeudi.

Un hélicoptère américain Apache s'est écrasé hier au nord de Bagdad, apparemment à la suite de tirs ennemis, selon un responsable américain de la Défense. L'armée américaine en Irak avait indiqué plus tôt enquêter sur des informations de l'armée irakienne selon lesquelles un appareil se serait écrasé dans la région de Taji, au nord de Bagdad.

L'armée américaine a annoncé hier la mort de six soldats, deux dans des combats dans l'ouest du pays, l'un d'une crise cardiaque et trois autres dans des accidents de la route en Irak.