Le troisième Congrès mondial contre la peine de mort - La lutte contre la peine de mort progresse

Prenait fin hier, à Paris, le troisième Congrès mondial contre la peine de mort, en présence de plusieurs centaines d'abolitionnistes. Le deuxième congrès avait eu lieu à Montréal en 2004. La lutte contre la peine de mort progresse, en droit ou en fait (sous forme de moratoires). Environ 90 pays ont aboli la peine de mort, ils n'étaient que 16 en 1977.

Mais plus de 20 000 condamnés à la peine capitale attendent leur exécution dans le monde, affirme Amnesty International, alors que 94 % des 2148 exécutions officielles perpétrées en 2005 ont eu lieu dans quatre pays: 1770 en Chine, 94 en Iran, 86 en Arabie saoudite et 60 aux États-Unis. Éric Bernard, secrétaire général de l'association Ensemble contre la peine de mort, qui organisait le congrès, répond aux questions de Libération.

On condamne moins à mort, on exécute moins. À quoi tient le recul de la peine de mort dans le monde?

Le fait que la question de l'abolition ne soit plus posée en termes de politique pénale nationale, mais soit considérée comme un enjeu en matière des droits de l'homme a changé la donne. L'impact des grandes plaidoiries des premiers combattants de la peine de mort, le rôle des ONG et des agences des Nations unies, la mobilisation des populations, la prise de conscience du caractère inefficace et celle du risque d'erreurs judiciaires, tout cela a permis de faire bouger les choses. Le débat concerne aujourd'hui tout le monde. Un Congrès comme celui de Paris permet par ailleurs des échanges et aide les décisionnaires à faire des choix. Il n'est pas neutre, par exemple, que le ministre marocain de la Justice participe à une telle manifestation.

Peut-on évaluer ce qui, dans un pays, favorise un basculement de l'opinion publique en faveur de l'abolition?

Ce n'est pas si simple. Le Japon, les États-Unis, l'Inde, la Chine ont la peine de mort. Vous remarquerez qu'à part la Chine, j'ai évoqué trois démocraties. Parmi les derniers «abolitionnistes», on compte le Sénégal ou les Philippines. On ne peut donc pas dire qu'il y ait un lien direct entre un soit-disant niveau de développement et la peine de mort.

En revanche, presque tous les pays sous dictature pratiquent la peine de mort. J'ai le sentiment que la question de la peine de mort est indépendante des conditions de vie, du niveau d'éducation, des convictions religieuses ou politiques. Elle participe de quelque chose de plus viscéral. Elle évolue avec les générations et en fonction des débats qui les traversent. Ces vingt-cinq dernières années, l'approche a changé parce que les droits de l'homme sont devenus une question centrale et que les débats des années 60-70 sur la répression, la prison ont contribué à faire évoluer les mentalités. On a sans doute aussi une autre approche de la mort qu'autrefois.

Dans le programme des tables rondes, vous mettez l'accent sur la Chine. Les Jeux olympiques de 2008 pourraient-ils être un moyen de pression?

Il faut être prudent et ne pas entrer dans un schéma d'échange à la libyenne, la grâce des infirmières bulgares et du médecin palestinien contre de l'argent ou autre chose. Plus qu'un moyen de pression, les Jeux sont l'occasion de faire passer un message. D'abord parce que Pékin a pris des engagements en matière des droits de l'homme. Ensuite parce que les Jeux, c'est aussi un message de liberté et de tolérance. Nous avions également une table ronde sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, des régions où l'on commence à voir émerger des mouvements abolitionnistes. C'est un moyen de les aider à s'exprimer.

Qu'en est-il du débat sur les peines alternatives à la peine de mort?

En 1981, Robert Badinter a eu cette phrase: «On ne remplace pas la peine de mort par autre chose.» On ne remplace pas la peine de mort. On pense toujours la peine de mort comme «une vie contre une vie». Mais en Chine, c'est la mort pour une fraude fiscale, dans certains pays musulmans, pour un blasphème. Il est notable qu'aucune juridiction internationale, que ce soit le Tribunal de La Haye pour l'ex-Yougoslavie ou celui d'Arusha pour le Rwanda, ne condamne à la peine capitale alors qu'elles ont pour mission d'appréhender les crimes les plus graves qui soient. Reste à mener une réflexion sur la durée de la peine, mais c'est un autre débat.