Liberté de la presse - RSF épingle la lâcheté des pays démocratiques

L'organisation Reporters sans frontières épingle la lâcheté et le renoncement des pays démocratiques à défendre la liberté de presse en 2006, année la plus meurtrière pour les professionnels des médias depuis 1994, dans son rapport annuel publié hier.

RSF veut tirer la sonnette d'alarme au terme d'une année 2006 marquée par «le peu d'ambition, et parfois même le renoncement, des pays démocratiques à défendre partout les valeurs qu'ils sont censés incarner», écrit le secrétaire général de l'organisation, Robert Ménard, en préface de l'ouvrage.

Le rapport de 160 pages dresse le bilan pays par pays de l'état de la liberté d'expression dans le monde au cours de l'année écoulée.

En 2006, plus de 110 professionnels des médias ont été tués, selon l'organisation. Il s'agit de l'année la plus meurtrière depuis 1994, qui avait été marquée par le génocide au Rwanda, la guerre civile en Algérie et le conflit dans l'ex-Yougoslavie. Irak, Mexique, Philippines, Russie et Liban sont parmi les pays les plus dangereux, selon RSF, qui décrit longuement la situation chez les «prédateurs de la liberté de la presse», montrant du doigt la Chine.

L'Union européenne «continue à se taire sur les violations massives des libertés de penser, de dire et d'écrire dans les pays qui bénéficient de ses largesses», dénonce l'organisation, selon laquelle la Tunisie en est le cas le plus parlant.

RSF fustige aussi les États-Unis, largement déconsidérés en raison du maintien en détention sans charges d'un journaliste d'al-Jazira à Guantánamo et des emprisonnements de journalistes américains refusant de dévoiler leurs sources.

L'organisation s'inquiète de la situation en Amérique latine, citant entre autres l'assassinat de près d'une dizaine de journalistes au Mexique dans une quasi-impunité.

Dans ce sombre tableau, RSF voit peu de lueurs d'espoir. Elle cite tout de même l'adoption à l'unanimité, fin décembre, par le Conseil de sécurité de l'ONU, d'une résolution consacrée aux dangers encourus par les journalistes dans les zones de guerre.

RSF fait aussi remarquer qu'«aujourd'hui, les informations "subversives" ou "contre-révolutionnaires", circulent sur Internet» sous forme de blogues, de forums de discussion et autres outils en vogue sur la Toile.

Malheureusement, ajoute l'organisation, «les dictateurs aussi sont entrés dans l'ère du Web 2.0... ». «Soixante personnes sont actuellement emprisonnées pour avoir publié sur Internet des textes critiques envers les autorité», dont 50 en Chine, qui a demandé aux entreprises qui commercialisent les messageries de bloquer certains mots clés.

D'autres pays ont commencé à imiter la Chine. «Quatre personnes sont détenues pour les même motifs au Vietnam, trois en Syrie, une en Tunisie, en Libye et en Iran», précise RSF.