Annan regrette de n'avoir pu empêcher la guerre en Irak

Kofi Annan
Photo: Agence Reuters Kofi Annan

New York — Kofi Annan a désigné hier l'impossibilité d'empêcher la guerre en Irak comme le plus mauvais souvenir de ses dix ans à la tête de l'ONU et a plaidé pour que l'institution soit jugée sur ses activités humanitaires plutôt que sur le scandale du programme «Pétrole contre nourriture».

Dans sa dernière conférence de presse avant de quitter ses fonctions à la fin du mois, M. Annan a également exprimé l'espoir que 2007 voie enfin le terme de la tragédie du Darfour et mis en garde contre l'idée de lancer une offensive militaire contre l'Iran pour l'empêcher d'acquérir l'arme nucléaire, qui serait selon lui «désastreuse».

Invité à évoquer ses trois meilleurs et ses trois plus mauvais souvenirs en tant que secrétaire général, M. Annan a répondu: «Le plus mauvais moment a été la guerre en Irak, qu'en tant qu'organisation nous n'avons pas pu empêcher, et j'ai pourtant fait tout ce que j'ai pu pour cela.»

Il a nommé ensuite la perte de 22 fonctionnaires de l'ONU, dont son représentant spécial Sergio Vieira de Mello, qui était un ami personnel, dans l'attentat d'août 2003 contre le quartier général de l'ONU à Bagdad.

Il a également évoqué le scandale du programme «Pétrole contre nourriture» de l'ONU en Irak, dans lequel plusieurs cas de corruption et de mauvaise gestion ont été mis au jour par une enquête indépendante et qui a contribué à ternir la réputation de l'ONU.

Il a toutefois plaidé pour que l'institution soit jugée sur ses accomplissements, qui sont selon lui beaucoup plus nombreux que ses faiblesses, citant les efforts pour la défense des droits de l'homme, la lutte contre les inégalités à la fois entre États membres et au sein des États, ainsi que l'oeuvre en faveur du développement, symbolisée par l'adoption par les dirigeants mondiaux des Objectifs de développement du millénaire en 2000.

M. Annan a une nouvelle fois attiré l'attention sur le Darfour, province du Soudan où une guerre civile qui fait rage depuis février 2003 a fait plus de 200 000 morts et 2,5 millions de réfugiés, selon l'ONU.

«Je tiens particulièrement à ce qu'il n'y ait pas de rupture dans notre traitement de cette crise», a-t-il dit, expliquant qu'il travaillait en étroite collaboration avec son successeur, le Sud-Coréen Ban Ki-moon, sur ce sujet.

Indiquant avoir parlé au président soudanais Omar el-Béchir au téléphone pendant le week-end, il a déclaré: «J'espère toujours pouvoir clarifier les problèmes en suspens avec le gouvernement soudanais et que l'année nouvelle verra une force sur le terrain apporter protection et sécurité au peuple du Darfour qui souffre.»

L'ONU souhaite déployer au Darfour une force conjointe avec l'Union africaine pour protéger

la population, idée qui continue de rencontrer l'opposition de M. Béchir.