Conflit interpalestinien - Gaza s'éloigne de la Cisjordanie

Ralliement du Fatah à Ramallah, en Cisjornanie.
Photo: Agence Reuters Ralliement du Fatah à Ramallah, en Cisjornanie.

Jérusalem — L'éruption de violences dans les territoires palestiniens n'est pas seulement la traduction par les armes d'une confrontation entre deux visions idéologiques concurrentes, elle illustre également les trajectoires divergentes suivies par la bande de Gaza et la Cisjordanie, menaçant le concept même d'un État palestinien unifié.

Seulement distantes d'une cinquantaine de kilomètres, la bande de Gaza et la Cisjordanie deviennent des mondes de plus en plus différents.

La première est un fief du Hamas, où le mouvement islamiste n'a cessé de consolider sa présence depuis sa création dans ce territoire dans les années 1980. La seconde est dominée par le Fatah, mouvement nationaliste historique de la lutte des Palestiniens pour leur propre État.

L'arrivée du Hamas au pouvoir en mars n'a fait que creuser le fossé. Le mouvement islamiste a renforcé sa position dans la bande de Gaza tandis que le Fatah tentait de se relever de sa cuisante défaite électorale de janvier en concentrant ses efforts sur la Cisjordanie, où vit la majorité des 3,8 millions d'habitants des territoires palestiniens.

Tensions latentes

Outre leur lutte politique, chaque camp a cherché à renforcer ses capacités militaires non seulement dans son propre bastion mais aussi sur le terrain de l'adversaire. Les tensions latentes entre factions rivales du Hamas et du Fatah n'attendaient plus qu'une étincelle pour dégénérer en affrontements armés.

Pour les observateurs, le risque est désormais que les divisions deviennent si profondes qu'elles transformeront la bande de Gaza et la Cisjordanie en deux fiefs irréconciliables pour un éventuel État palestinien unifié.

«Il y a un vrai danger que le conflit actuel, s'il persiste, puisse conduire à un approfondissement de la division territoriale, remarque Mouine Rabbani, de l'International Crisis Group. Le risque existe que l'on se retrouve avec des mouvements rivaux dominant dans chacun des territoires.»

Au début des années 1990, les Palestiniens de Cisjordanie pouvaient monter à bord d'un autobus pour rendre visite à des amis de la bande de Gaza ou même pour se rendre sur la plage de Tel Aviv.

Mais depuis les accords d'Oslo de 1993 et, surtout, depuis le début de la deuxième intifada en septembre 2000, Israël n'a cessé de renforcer son dispositif de sécurité, en bouclant de fait la bande de Gaza, occupée jusqu'en 2005, et en bâtissant une barrière le long de la Cisjordanie, toujours occupée.

Les déplacements entre les deux territoires sont devenus quasiment impossibles, sauf pour les plus hauts dirigeants palestiniens. Les autres éprouvent les plus grandes difficultés à obtenir des visas.

Un confrère palestinien ayant récemment quitté la bande de Gaza pour la première fois depuis des années a été autorisé à se rendre à Ramallah, principale localité de Cisjordanie. Il en est revenu abasourdi par l'ampleur des différences avec la bande de Gaza.

Alcool toléré

En Cisjordanie, a-t-il rapporté, la consommation d'alcool est tolérée, de nombreuses femmes choisissent de ne pas porter le voile traditionnel et même les habitants les plus pieux pensent différemment de ceux de Gaza.

Un accord conclu après le retrait israélien de Gaza censé faciliter les déplacements des Palestiniens n'y a rien fait.

La séparation géographique et économique s'est au contraire renforcée et, depuis l'arrivée du Hamas au pouvoir, elle s'est doublée d'une distance politique.

«Israël a fabriqué la réalité de deux entités territoriales distinctes et de deux économies distinctes, juge Rabbani. L'hypothèse de voir [Gaza et la Cisjordanie] devenir deux entités politiques distinctes doit être appréhendée dans ce contexte.»

Ce que le confrère de Gaza s'étant rendu en Cisjordanie résume par ces mots: «C'est un autre monde maintenant.»