Coup d'État aux îles Fidji

Le chef de l’armée, Voreqe Bainimarama, a «temporairement» pris le pouvoir.
Photo: Agence Reuters Le chef de l’armée, Voreqe Bainimarama, a «temporairement» pris le pouvoir.

Suva — Le chef de l'armée, Voreqe Bainimarama, a annoncé hier avoir pris le contrôle des îles Fidji, à l'issue d'un coup d'État réalisé sans effusion de sang, le quatrième en moins de vingt ans dans le petit archipel du Pacifique Sud.

«À 18h ce soir, l'armée a pris le contrôle du gouvernement», a indiqué le contre-amiral lors d'une conférence de presse. Le nouvel homme fort du pays a précisé s'être arrogé le rôle de chef d'État, en lieu et place de l'actuel président, Ratu Josefa Iloilo.

«En conséquence, je démets le premier ministre, Laisenia Qarase», a-t-il ajouté, indiquant qu'un gouvernement intérimaire sera nommé en attendant des élections, selon un calendrier non précisé. Le Parlement va être dissous, a-t-il annoncé.

Le contre-amiral a promis que l'armée n'exercerait qu'un contrôle temporaire sur le pays et qu'elle restituerait la semaine prochaine les pouvoirs du chef d'État au

président Iloilo. Un médecin civil a été nommé premier ministre intérimaire.

Le chef de l'armée a également assuré que les anciens ministres ne seraient pas arrêtés. Il n'a cependant pas évoqué le sort du premier ministre.

Dans la matinée, le chef du gouvernement, qui avait été élu en mai pour un nouveau mandat de quatre ans, avait annoncé son assignation à résidence par les militaires qui se sont déployés autour de son domicile.

Ironie du sort, M. Qarase a indiqué qu'il s'attendait à être envoyé sur l'île de Nukulau, où est déjà incarcéré George Speight, un nationaliste controversé, auteur en 2000 d'un coup d'État éphémère à la suite duquel M. Qarase avait accédé au pouvoir.

Aucune résistance n'a été offerte à l'armée, qui avait déjà lundi désarmé la seule unité policière possédant un arsenal, ainsi que les gardes du corps du gouvernement. Aucun coup de feu n'a été tiré.

La première ministre de la Nouvelle-Zélande, Helen Clark, a suspendu les relations militaires avec Fidji et a banni le contre-amiral Bainimarama de la Nouvelle-Zélande, où il a de la famille.

L'Australie a mis en oeuvre des mesures semblables. Le Japon a appelé au retour de la démocratie «le plus vite possible».

M. Bainimarama dénonce depuis de longs mois la «corruption» du gouvernement Qarase et exige en particulier l'abandon d'un projet de loi amnistiant certains auteurs nationalistes du coup d'État de 2000, qui avait failli coûter la vie au contre-amiral.

Le conflit entre le chef de l'armée et le premier ministre s'inscrit dans les tensions récurrentes aux Fidji entre la minorité d'origine indienne et la majorité de souche indigène.

Voreqe Bainimarama se présente comme un défenseur de la minorité ethnique indienne, face au soutien qu'accorde aux indigènes le Parti unifié fidjien (SDL) du nationaliste Qarase.

Le contre-amiral Bainimarama avait été porté à la tête de l'armée en 1999, avec l'image d'un homme modéré à même de dépolitiser une armée qui s'était déjà rendue coupable de deux putschs en 1987.

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