Damas et Téhéran s'impliquent dans le dossier irakien

Le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki (à droite) en compagnie du ministre syrien des Affaires étrangères Walid al-Moualem hier, à Bagdad.
Photo: Agence Reuters Le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki (à droite) en compagnie du ministre syrien des Affaires étrangères Walid al-Moualem hier, à Bagdad.

Le ballet diplomatique pour trouver une sortie de crise en Irak s'est poursuivi hier alors que le ministre des Affaires étrangères de la Syrie s'est rendu à Bagdad pour rencontrer le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki. De plus, le président irakien Jalal Talabani se rendra à Téhéran le week-end prochain rencontrer son homologue iranien. Le président syrien Bachar al-Assad pourrait se joindre à cette rencontre.

Washington s'est montré sceptique hier sur l'issue de cette rencontre consacrée à la situation en Irak. Le porte-parole adjoint du département d'État, Tom Casey, a déclaré que si Washington était favorable à toute discussion qui pourrait améliorer la situation en Irak, il estimait avoir vu peu de signes indiquant que la Syrie et l'Iran étaient prêts à changer leur politique à l'égard de leur voisin.

Selon lui, des responsables irakiens et iraniens se sont déjà rencontrés par le passé et «nous n'avons pas vraiment vu de suite à ces rencontres». «De notre point de vue, la prochaine étape est de passer des mots à des actions concrètes» pour stabiliser l'Irak, a-t-il estimé.

Washington accuse la Syrie et l'Iran de soutenir les insurgés irakiens et de contribuer aux violences confessionnelles dans le pays.

Devant l'impasse de la situation en Irak, des voix se sont élevées pour réclamer des discussions directes avec la Syrie et l'Iran, ce que la Maison-Blanche continue de refuser.

«Au sujet des relations avec l'Iran et la Syrie, je pense que notre position est bien connue», a commenté Tom Casey, dans une allusion aux commentaires de la secrétaire d'État Condoleezza Rice la semaine dernière dans lesquels elle estimait que ce n'était pas le bon moment pour engager de telles discussions.

Lors de sa rencontre avec chef de la diplomatie syrienne hier, le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki a exigé davantage de fermeté de la Syrie à l'égard des combattants étrangers pénétrant en Irak depuis son territoire.

«Si la Syrie a des différences avec les États-Unis, ce sont leurs affaires, mais cela ne doit pas se faire à nos dépens: nous refusons qu'un pays de la région soit un passage ou un sanctuaire pour des organisations terroristes qui attaquent l'Irak», a affirmé fermement M. Maliki.

Il exprimait ses critiques lors d'une conférence de presse commune avec le ministre des Affaires étrangères syrien, Walid Mouallem.

«Un fort pourcentage des actes terroristes commis contre des civils et institutions irakiens a été préparé dans des pays voisins», a-t-il insisté, soulignant néanmoins que «l'Irak est prêt à améliorer ses relations avec la Syrie dans tous les domaines, mais cela demande une volonté forte».

Entre 50 et 70 combattants étrangers entrent en Irak depuis la Syrie tous les mois pour y participer à l'insurrection contre les troupes américano-britanniques, a affirmé hier le porte-parole de l'armée américaine en Irak.

Le chef de la diplomatie syrienne, qui a repris du poids sur la scène internationale, a adopté un ton très conciliant en direction de son hôte. «La Syrie condamne le terrorisme visant le peuple et les institutions irakiens. Le danger pour l'Irak est un danger pour la région entière. Nous voulons accroître la coopération politique et économique ainsi qu'en matière de sécurité», a-t-il assuré.

Le premier ministre britannique Tony Blair avait lancé vendredi un appel à la Syrie et à l'Iran pour qu'ils deviennent des acteurs importants dans la recherche de la paix dans la région.

Par ailleurs, le vice-ministre irakien de la Santé Hakim al-Zamili a échappé hier à un attentat à Bagdad qui a coûté la vie à deux de ses gardes, au lendemain de l'enlèvement d'un autre vice-ministre de la Santé, Ammar Al-Saffar, dont on est sans nouvelle. Les deux ministres sont chiites.

M. Zamili, sorti indemne de l'attaque, a déclaré que des hommes armés avaient ouvert le feu sur son convoi dans le centre-ville de Bagdad et tué deux gardes du corps.

Le secrétaire d'État sans portefeuille, Mohammed Abbas al-Oreibi, également chiite, a pour sa part échappé à un attentat à la bombe qui n'a pas fait de victimes, selon un responsable de son bureau.

Seize autres personnes ont été tuées dans des attaques alors que 60 corps de personnes assassinées ont été retrouvés hier à Bagdad par la police qui en avait déjà trouvé 45 dimanche.