Irak - Civils et dirigeants victimes font les frais des violences

Hilla, Irak — De nouvelles violences communautaires entre chiites et sunnites ont fait plusieurs dizaines de morts hier parmi la population civile d'Irak, où les représentants du gouvernement ou des partis au pouvoir sont aussi directement visés par les attaques qui ensanglantent le pays, de Hilla à Kirkouk en passant par Bagdad ou Bakouba.

Un attentat suicide au véhicule piégé a fait 22 morts et 49 blessés à Hilla, ville majoritairement chiite située à une centaine de kilomètres au sud de Bagdad. Le kamikaze est arrivé à bord d'une camionnette en promettant un travail journalier. Lorsque les candidats se sont rassemblés autour de son véhicule, il s'est fait exploser.

Hilla a été le théâtre en février 2005 de l'attentat suicide le plus meurtrier commis en Irak depuis le renversement de Saddam Hussein par l'armée américaine en 2003, avec 125 morts.

L'attentat commis hier a été revendiqué par un groupe sunnite prétendant venger l'enlèvement mardi de plusieurs dizaines de personnes dans un bâtiment du ministère de l'Enseignement supérieur, dirigé par un sunnite. Les dirigeants sunnites accusent des milices chiites proches du ministère de l'Intérieur d'être les auteurs de cet enlèvement commis par des hommes armés en uniformes de police.

Un vice-ministre enlevé

Cet incident est à l'origine d'une nouvelle polémique au sein du gouvernement de Nouri al Maliki, le ministère de l'Intérieur ayant déclaré tous les otages libérés quand le ministère de l'Enseignement supérieur faisait état de 66 disparus.

Trois explosions quasi simultanées, dont deux dues à des voitures piégées, ont en outre fait au moins six morts et 30 blessés hier à une gare routière d'un quartier majoritairement chiite de Bagdad. Ammar al Saffar, vice-ministre de la Santé et membre du parti chiite Daoua de Maliki, a pour sa part été enlevé à son domicile par des hommes armés portant des tenues militaires.

Samedi, une personnalité du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak, le plus important parti chiite du pays, a été tué alors qu'il traversait l'ouest de Bagdad en voiture.

La capitale irakienne a été le théâtre hier de plusieurs autres attentats et fusillades, qui, sans compter les blessés, ont coûté la vie à trois civils et à un colonel de police et son garde du corps. Un juge a en outre été enlevé.

Des hommes armés ont aussi tué deux personnes en ouvrant le feu sur un rassemblement à Kirkouk, dans le nord du pays. Dans cette même ville, un attentat suicide à la voiture piégée a fait trois morts. À Mossoul, également dans le Nord, un soldat, un officier et son chauffeur ont été abattus dans deux attaques distinctes.

Outre les violences confessionnelles, des extrémistes islamistes mènent aussi une rébellion contre les forces américaines et irakiennes. L'armée américaine affirme avoir tué huit insurgés samedi dans des assauts terrestres et aériens à Ramadi, à l'ouest de Bagdad. Elle a par ailleurs annoncé la mort de l'un de ses hommes, blessé la veille au soir par une bombe, dans le sud-est de la capitale. La police a pour sa part fait état d'affrontements et de fusillades ce même jour à Bakouba, au nord-est de la capitale.

Onze corps portant des blessures par balles ont été admis à la morgue de la ville, selon les forces de l'ordre et les autorités médicales. Mais les victimes sont souvent inhumées sans passer par la morgue.

Cette instabilité persistante fragilise le président américain George Bush, dont le Parti républicain a perdu le Congrès au profit des démocrates lors des élections du 7 novembre aux États-Unis. À Washington comme ailleurs dans le monde, les appels se font de plus en plus pressants pour un changement de stratégie en Irak, notamment par l'implication de la Syrie et de l'Iran dans les efforts de stabilisation du pays.

La Syrie est notamment soupçonnée de servir de point de passage pour les extrémistes islamistes désireux de combattre en Irak. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Oualid al Moualem, était arrivé hier à Bagdad pour des entretiens avec des responsables irakiens.

Il s'agit de la première visite d'un ministre syrien en Irak depuis l'intervention militaire américaine de 2003. La Syrie et l'Irak ont rompu leurs relations lorsque Damas s'était rangé aux côtés de l'Iran lors de la guerre de 1980-1988.