Afghane, femme et journaliste

Mehria Aziz est un bon exemple de la vitalité des médias en Afghanistan depuis la chute des talibans, mais aussi des difficultés qu'y éprouvent encore les artisans de l'information.

Fin 2002, alors dans la jeune vingtaine, elle a réalisé son «rêve d'enfance» en répondant à l'appel d'un centre culturel qui offrait aux jeunes femmes la possibilité de devenir camerawomen.

«Je travaillais alors comme présentatrice d'une émission pour enfants à la télévision nationale. Quand j'ai entendu parler de cette offre, je me suis immédiatement rendue au centre Aina», mis sur pied à Kaboul par une organisation internationale spécialisée dans le déveppement culturel et les médias.

Après une formation de base, elle a participé, avec cinq collègues, au tournage d'un film sur la condition féminine dans son pays.

Bien qu'il ait été mis en nomination dans plusieurs festivals, notamment à Paris et à New York, le documentaire Afghanistan Unveiled n'a jamais été présenté à la télévision en Afghanistan.

Des extraits en sont projetés pour la première fois au Canada dans le cadre d'une tournée de conférences organisée par la section canadienne de Reporters sans frontières (RSF) et par le Centre de recherche pour le développement international (CRDI).

Mehria Aziz témoignera de la situation des médias afghans lors d'une de ces conférences, lundi soir à l'UQAM, en compagnie de la directrice d'un réseau radiophonique.

RSF marquera d'autre part, le 23 novembre, sa Journée de soutien aux journalistes emprisonnés par le lancement d'un nouvel album de photos.

«Nous avons voyagé dans quatre provinces pour le tournage du film Afghanistan Unveiled, raconte Mehria Aziz en entrevue hier. Cela m'a permis d'apprendre beaucoup de choses. Je suis Afghane, mais je ne comprenais pas notre culture.»

Bien que la situation se soit améliorée dans certaines régions du nord du pays, les jeunes femmes ont souvent eu à vaincre les réticences d'hommes qui acceptaient mal de les voir pratiquer un métier non traditionnel.

Mehria Aziz et une de ses collègues continuent de travailler au métier qui les passionne, tandis que les autres soit ont quitté le pays, soit sont retournées à

un mode de vie plus traditionnel.

Si les spots publicitaires qu'elles produisent sont diffusés localement, tout ce qui touche à l'information, dont un reportage sur une jeune femme qui s'est immolée par désespoir, est destiné aux réseaux de télévision européens.

Directrice du groupe de presse Killid, qui comprend la première radio privée afghane, Najiba Ayubi

se dit pour sa part relativement optimiste.

Killid diffuse dans tout l'Afghanistan, grâce à un réseau de stations affiliées, des bulletins d'informations à toutes les heures, à travers sa programmation «sérieuse», qui comprend depuis deux ans une série sur l'histoire de l'Afghanistan.

«Nous y sommes libres d'analyser ce que fait le gouvernement et de le critiquer», affirme-t-elle.

Le président afghan Hamid Karzaï a approuvé récemment une loi sur la liberté de la presse, qui n'a pas encore été votée par le Parlement.

«Nous craignons que les fondamentalistes qui y siègent n'imposent des amendements importants qui en limiteraient la portée», dit Mme Ayubi.

RSF Canada a envoyé en juillet dernier une mission en Afghanistan, où l'organisation a constaté une explosion des publications. RSF a cependant constaté que les médias y subissent des pressions politiques. En particulier, Reporters sans frontières a noté qu'une directive gouvernementale interdisant aux médias locaux de publier certains types de nouvelles a été retirée l'été dernier à la suite des pressions exercées par la presse, tant locale qu'internationale.