Moscou fait arrêter un chef tchétchène et identifie le gaz utilisé dans le théâtre

Moscou - La Russie a exigé hier l'extradition de l'émissaire du président indépendantiste tchétchène, Aslan Maskhadov, qui a été arrêté au Danemark et qu'elle accuse d'être impliqué dans la prise d'otages de Moscou, marquant ainsi son refus de tout retour à la table des négociations.

Le ministre de la Santé, Iouri Chevtchenko, a par ailleurs annoncé, après cinq jours de silence des autorités russes, que le gaz utilisé pour mettre fin à la prise d'otages de quelque 800 personnes dans un théâtre de Moscou était un dérivé du fentanyl, un opiacé utilisé comme sédatif et analgésique. Ce gaz, qui peut être mortel en cas de surdose, est à l'origine de la mort de la quasi-totalité des 119 otages décédés. L'état de faiblesse des otages a constitué un facteur aggravant.

Moscou a transmis hier une demande d'extradition de l'émissaire d'Aslan Maskhadov, Akhmed Zakaïev, aux autorités danoises, arrêté le même jour à sa demande. La Russie l'accuse d'avoir participé à l'organisation de la prise d'otages, la semaine dernière à Moscou, par un commando tchétchène exigeant la fin de la guerre en Tchétchénie.

En lançant la procédure d'extraditioncontre M. Zakaïev, Moscou coupe les ponts avec le principal interlocuteur potentiel du Kremlin et des partisans des négociations au sujet de la Tchétchénie, qui est considéré comme un modéré. Le président indépendantiste Aslan Maskhadov en avait fait son émissaire pour les contacts avec les Russes après le début de la seconde guerre de Tchétchénie, le 1er octobre 1999.

Il avait participé en août dernier à une rencontre organisée par l'ancien conseiller présidentiel américain Zbigniew Brzezinski, au Liechtenstein, avec l'ancien président du Conseil de sécurité russe, Ivan Rybkine. Lundi et mardi deniers, il a participé à Copenhague à un «congrès mondial tchétchène», visant à promouvoir une solution politique en Tchétchénie.

M. Zakaïev, arrêté par la police danoise, demeurera en détention provisoire pendant 13 jours, jusqu'au 12 novembre, a-t-on appris de sources judiciaires à Copenhague.

Selon le responsable du parquet russe, Copenhague doit accéder à la demande de Moscou car la Russie et le Danemark sont signataires d'une convention européenne sur l'extradition. Mais «le Danemark n'a aucun traité d'extradition avec la Russie, et même s'il en avait un, nous ne pouvons extrader quelqu'un vers un pays où l'on applique la peine de mort», a dit l'ambassadeur du Danemark à Moscou, Lars Vissing.

«Le procureur général a proposé un engagement écrit selon lequel Zakaïev ne sera pas passible de la peine de mort», a déclaré M. Adelkhanian, cité par Itar-Tass. Aucune peine capitale n'a été prononcée depuis 1996, mais la peine de mort n'a pas été supprimée du code pénal russe.