Le Pakistan modifie sa législation sur le viol

Le président Pervez Musharaff lors de son allocution télévisée.
Photo: Agence Reuters Le président Pervez Musharaff lors de son allocution télévisée.

Islamabad — Après plusieurs tentatives infructueuses, le Pakistan a assoupli hier sa législation islamique controversée sur le viol des femmes et l'adultère, malgré la vive opposition des fondamentalistes, une refonte défendue par le gouvernement du président Pervez Musharraf.

Aux termes d'une nouvelle Loi de protection des femmes, celles-ci n'auront plus l'obligation de trouver quatre témoins — hommes et «bons musulmans» — pour prouver un viol. De même, l'adultère ne sera plus puni par la mort par lapidation mais par cinq ans d'emprisonnement au maximum et une amende.

Le Parlement pakistanais a fini par adopter le projet de loi présenté par le gouvernement et qui marque un adoucissement des lois Hudood adoptées en 1979 dans le cadre de l'islamisation du pays entreprise par le général Zia-ul Haq. Des parlementaires fondamentalistes ont boycotté le vote hier, après avoir violemment averti que cette réforme allait transformer le Pakistan en une «société de libération sexuelle».

Après trois essais ratés, le gouvernement avait reporté sine die en septembre l'examen au Parlement de cette révision législative, sous les pressions de l'opposition islamiste conservatrice.

«Cette loi va protéger les droits des femmes», a assuré le premier ministre Shaukat Aziz devant l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement. La législation amendée est conforme au Coran et aux textes islamiques sacrés, selon lui.

Pendant des mois, cette refonte a fait l'objet d'une âpre bataille entre les partisans d'une abrogation pure et simple des lois Hudood et les partis islamistes, notamment l'alliance Muttahida Majlis-e-Amal, principale force d'opposition parlementaire, qui refusent toute altération d'une législation inspirée, selon eux, par le Coran.

En mettant en oeuvre en 2002 sa politique de «modération éclairée», le président Musharraf s'était engagé à étudier une révision des lois Hudood, vilipendées par les associations de défense des droits de l'Homme.

Le président Musharraf, allié des États-Unis dans la lutte antiterroriste, avait déjà fait assouplir en juillet une loi sur la détention des femmes pour adultère. Sous les lois Hudood, la peine maximale encourue (mais jamais appliquée) pour l'adultère par un homme ou par une femme était la mort par lapidation.

La nouvelle législation décrit l'adultère comme un «acte lubrique», puni par une peine allant jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et par une amende.

«Ce n'est peut-être pas aussi bien qu'une abrogation complète des lois Hudood, mais c'est un pas vers le démantèlement de la législation contre les femmes et les minorités», a déclaré Farhatullah Babar, porte-parole du Parti populaire du Pakistan (PPP) de l'ancienne première ministre Benazir Bhutto, formation à l'origine du projet de loi.

En juillet dernier, M. Musharraf avait déjà modifié une loi concernant la détention des femmes accusés d'adultère ou d'autres délits mineurs, autorisant leur libération sous caution. Plusieurs centaines de femmes ont bénéficié de cette réforme.