Les Haïtiens de Floride crient à la discrimination

Miami - La communauté haïtienne de Floride dénonce ce qu'elle considère comme le traitement discriminatoire des autorités à l'endroit de quelque 200 immigrants haïtiens arrivés illégalement à Miami et qui devraient être refoulés, contrairement aux clandestins cubains.

Les Haïtiens s'insurgent contre une politique du deux poids, deux mesures appliquée par Washington face aux immigrants illégaux: les Haïtiens sont toujours rapatriés alors que les Cubains sont autorisés à rester aux États-Unis s'ils ont réussi à toucher le sol américain.

«Il y a une situation de chaos en Haïti, ce n'est pas une démocratie. Nous demandons que [les réfugiés] soient traités de façon équitable et juste, comme les immigrants cubains», a déclaré Jean-Robert Lafortune, président de l'association Haitian-American Grassroots Coalition, au lendemain de l'arrivée des quelque 200 immigrants haïtiens qui ont réussi à gagner les côtes de la Floride après avoir sauté d'un bateau.

Les immigrants illégaux, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de femmes et d'enfants, se trouvaient sur un vieux navire d'une quinzaine de mètres de long et ont fait la traversée en dix jours. Seuls quelques-uns souffraient de éshydratation ou de blessures mineures. Hier, 196 immigrants étaient aux mains de la police dans un centre de détention situé près de Miami, 21 étaient retenus sur un bateau des garde-côtes et quatre étaient en observation à l'hôpital, selon M. Lafortune.

La Maison-Blanche a écarté tout traitement de faveur pour ces quelque 200 réfugiés. «Il sont traités humainement, mais le président sait que son administration fera appliquer la loi», a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer, en écartant que ces immigrés illégaux puissent recevoir les mêmes droits que les boat-people cubains. «Je n'ai pas entendu dire que des changements de législation soient proposés», a-t-il dit.

Une avocate de Miami spécialisée dans les problèmes d'immigration, Cheryl Little, a avancé une explication à caractère racial dans la discrimination sur le sort réservé aux réfugiés cubains et haïtiens. «La couleur de la peau [des Haïtiens] pourrait avoir une influence», a-t-elle dit à la chaîne de télévision CNN.

Hier, les autorités américaines n'avaient pris aucune décision, mais tous les immigrants qui ont sauté du bateau «courent le risque d'être rapatriés», a averti M. Lafortune. «Ils seront interrogés et leurs cas seront examinés», a pour sa part déclaré un responsable des services d'immigration (INS), Jim Goldman. Au cours des cinq dernières années, les autorités ont reçu 21 374 demandes d'asile d'Haïtiens, et seules 1284 ont été accordées, selon la presse de Miami.

Le gouverneur de l'État de Floride, Jeb Bush, frère du président George W. Bush, qui cherche à se faire réélire lors du scrutin du 5 novembre, a quant à lui assuré les membres de la communauté haïtienne que leurs concitoyens seraient traités de façon juste.