Walter Mondale reprend du service

Washington - Le décès accidentel du sénateur démocrate du Minnesota, Paul Wellstone, et la candidature de Walter Mondale comme candidat du parti à son poste donnent aux démocrates plus de chances de garder ce siège dont pourrait dépendre le maintien de la majorité démocrate au Sénat.

La réélection de Paul Wellstone, tué dans un accident d'avion vendredi, face au républicain Norm Coleman, le 5 novembre pour les législatives de mi-mandat, était incertaine même s'il devançait son rival dans les derniers sondages, s'accordent à dire les observateurs politiques.

Un échec de Paul Wellstone, un démocrate très progressiste, aurait pu faire perdre à son parti le contrôle du Sénat, qui dépend actuellement d'un seul siège.

Avant la disparition de M. Wellstone, les démocrates disposaient de 50 sièges, contre 49 pour les républicains, et assuraient leur majorité grâce au seul indépendant du Sénat, un ancien républicain votant démocrate.

M. Mondale a confirmé hier dans une lettre au président du Parti démocrate du Minnesota sa candidature officielle pour l'élection sénatoriale. «C'est avec le coeur lourd mais aussi avec grand espoir que je reprendrai la campagne là où Paul Wellstone l'a laissée», écrit-il.

Sa candidature devait être officiellement entérinée hier soir à l'issue d'une réunion des membres du comité central du Parti démocrate du Minnesota.

«Mondale est un très bon candidat et fait soudainement que cette élection, qui était incertaine pour M. Wellstone, devient plus assurée, accroissant les chances des démocrates de garder le contrôle du Sénat», estime Stephen Hess, un politologue de la Brookings Institution.

Outre son image — M. Mondale, déjà sénateur du Minnesota, a été vice-président de Jimmy Carter (1977-81), candidat démocrate malheureux à la présidence contre Ronald Reagan en 1984 et ambassadeur de Bill Clinton au Japon de 1993 à 1996 —, l'émotion suscitée par la mort tragique de Paul Wellstone jouera probablement en sa faveur, explique M. Hess.

Un sondage publié hier par le Minneapolis Star Tribune donne à Walter Mondale, 74 ans, huit points de plus qu'à son concurrent républicain, Norm Coleman, 53 ans.

Toutefois, si M. Mondale jouit d'une réputation qui paraît l'avantager, sa longue absence de l'arène politique fait qu'un grand nombre d'électeurs, surtout les moins de 30 ans, ont peu sinon aucun souvenir de lui, souligne Stephen Hess.

Cependant, rétorque Steven Schier, professeur de science politique au Carleton College, dans le Minnesota, les personnes plus âgées, surtout les 45-65 ans, sont généralement beaucoup plus nombreuses à voter, ce qui avantagera M. Mondale.

Le remplacement probable de M. Wellstone par M. Mondale marque, après le New Jersey, le deuxième cas — pour des raisons différentes — de changement de candidat à la sénatoriale en cours de campagne, et ce, apparemment, à l'avantage du parti, a expliqué cet analyste.

Le sénateur Robert Torricelli, éclaboussé par une affaire de pots-de-vin, a été forcé par son parti le 30 septembre, alors que sa réélection paraissait déjà compromise, de céder sa place à Frank Lautenberg, un démocrate septuagénaire respecté, qui mène actuellement dans les sondages face à son rival républicain.

Ces probables victoires dans le Minnesota et le New Jersey «pourraient donner aux démocrates la chance de conserver le contrôle du Sénat le 5 novembre», a estimé Stephen Hess. Cependant, d'autres élections serrées pour les démocrates dans le Missouri et le Dakota du Sud laissent encore planer une incertitude, a-t-il ajouté, notant aussi que les républicains sont menacés dans le Colorado et l'Arkansas.