Les recrues afghanes sont insuffisamment entraînées

Panjwaii, Afghanistan — Le lieutenant-colonel Sheren Sha ne mâche pas ses mots quand il parle de ses nouvelles recrues afghanes. «Elles vont mourir», dit-il.

Quelques jours seulement après la fin de leurs 16 semaines d'entraînement à Kaboul, les nouveaux soldats de l'Armée nationale afghane vont être envoyés au combat dans le secteur de Panjwaii, un secteur que même les soldats aguerris de la coalition redoutent.

«C'est comme si on demandait à un nouveau-né de manger, de marcher et de parler», explique M. Sha, un vétéran afghan âgé de 41 ans.

Un soldat de classe mondiale a besoin d'un entraînement militaire spécifique, ajoute-t-il. Il a besoin de comprendre les notions de stratégie et de se familiariser avec les toutes dernières technologies. Et il est essentiel qu'il soit éduqué. Mais la majorité des soldats afghans sont illettrés.

Ils ont aussi besoin d'équipements modernes et fiables, poursuit le lieutenant-colonel. Mais ce dont ils disposent, ce sont de vieux fusils-mitrailleurs défectueux AK-47. Peu d'entre eux portent des gilets pare-éclats et ils se déplacent empilés dans des camionnettes sans blindage.

Ils peuvent durer des jours en campagne sans eau, et plus longtemps encore sans nourriture, «mais si leur arme s'enraye après avoir tiré quelques coups, ils mourront», affirme encore le militaire par l'intermédiaire d'un interprète.

Depuis trois ans, 19 membres de son bataillon sont morts et 40 autres ont été blessés, affirme Sha. Trop souvent, c'est leur arme qui les a laissés sans défense.

Objectif ultime

La coalition internationale doit donc faire plus pour aider l'armée nationale afghane, dit-il. Le pays n'a pas à lui seul les moyens financiers pour se doter d'une puissante armée.

L'objectif ultime est de mettre sur pied une armée afghane forte de 70 000 hommes d'ici 2009. Depuis 2002, quelque 30 000 soldats, y compris une poignée de femmes, ont terminé leur entraînement militaire. Mais en fait, en tenant compte du taux de désertion normal, des absences non autorisées et des refus de réengagement des volontaires, l'armée nationale afghane compte plutôt quelque 18 000 soldats.

Pour le Canada, qui participe à l'entraînement des soldats de l'armée afghane, l'objectif est certainement de leur confier éventuellement la défense de leur propre territoire.

«Évidemment, on espère que l'ANA pourra prendre la relève si l'OTAN décide de se retirer», confie le capitaine Lee Mossop, qui agit comme officier de liaison avec l'armée afghane.

Mais les troupes afghanes ont aussi des avantages sur les troupes canadiennes et internationales. Elles connaissent mieux le terrain et ceux qui y vivent et savent faire la différence entre des attaquants potentiels et des gens qui ne cherchent qu'à rentrer chez eux.