Washington invite Moscou à dialoguer avec les Tchétchènes

George W. Bush
Photo: Agence Reuters George W. Bush

Le président américain George W. Bush veut qu'un «dialogue politique» mette fin au conflit dans la province russe de Tchétchénie, tout en s'inquiétant de l'activité de terroristes internationaux dans cette région, a déclaré hier le porte-parole de la Maison-Blanche.

«De toute évidence, dans la mesure où il y a de l'activité d'al-Qaïda, les activités de terroristes internationaux en Tchétchénie sont une source d'inquiétude, a déclaré le porte-parole Ari Fleischer. Mais le président pense que la solution ultime à la crise en Tchétchénie doit être trouvée dans le dialogue politique.»

Washington, qui a apporté son soutien au président Vladimir Poutine le félicitant pour sa gestion de la crise, a adopté hier un ton plus critique.

M. Fleischer a indiqué que les États-Unis avaient formellement demandé quel type de gaz avait été utilisé par les forces de l'ordre russes lorsqu'elles ont donné l'assaut samedi à l'aube à un théâtre où quelque 800 personnes étaient retenues en otages par des indépendantistes tchétchènes, et qu'ils n'avaient pas encore eu de réponse. Il a ajouté qu'à sa connaissance, les responsables américains n'avaient pas été consultés sur la façon de mettre fin à la prise d'otages.

«Bien sûr, après le début de la prise d'otages, nous avons été en communication avec les Russes. Mais je ne suis pas au courant qu'ils aient été en contact avec nous sur les tactiques précises auxquelles ils recouraient», a-t-il dit.

De son côté, l'ambassadeur des États-Unis en Russie, Alexander Vershbow, a estimé que des vies auraient pu être épargnées si les autorités avaient accepté de lever le silence sur le gaz utilisé lors de l'assaut.

À l'exception de deux d'entre eux, les 117 otages retrouvés morts ont péri intoxiqués par le gaz employé par les forces spéciales, qui serait un dérivé de l'opium. «Autant que nous en sachions... nous pensons qu'il s'agit d'un opiacé», a affirmé Vershbow au cours d'un point de presse.

Les autorités russes ont refusé d'indiquer, même aux médecins traitant des rescapés, quelle était la nature du gaz employé.

Tout en approuvant la décision du président Vladimir Poutine de donner l'assaut, les États-Unis n'ont cessé de réclamer des précisions sur le gaz utilisé.

Les autorités américaines ont été informées des effets de ce gaz, mais le nom de son agent actif n'a pas été divulgué, a dit un porte-parole de l'ambassade des États-Unis.

Hélicoptère russe abattu

En Tchétchénie, la guérilla séparatiste a abattu un hélicoptère militaire avec quatre soldats à bord, alors que l'appareil s'apprêtait à atterrir sur une base militaire à proximité de la capitale, Grozny.

La principale revendication du commando tchétchène qui a retenu en otage les quelque 800 spectateurs du théâtre moscovite portait sur un retrait

immédiat des troupes russes de Tchétchénie.

Le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, a affirmé que la Russie devait renforcer les mesures de sécurité pour éviter de nouvelles attaques.

Obsèques et débats

Seize des 117 otages décédés lors de cette prise d'otage ont été enterrés hier à Moscou et dans ses environs. Quarante et un preneurs d'otages sont également morts.

À la Douma, les libéraux de l'Union des forces de droite (SPS) ont réclamé l'ouverture d'une enquête parlementaire sur le drame.

Le SPS veut notamment déterminer comment une cinquantaine de Tchétchènes fortement armés ont pu pénétrer dans le théâtre. Il demande des explications sur la décision de donner l'assaut et sur la manière dont ont été traitées les victimes.

Les dirigeants séparatistes tchétchènes, qui accusent les forces russes de multiplier les exactions dans leur région, ont condamné la prise d'otages et ont à nouveau réclamé des discussions directes avec le gouvernement russe sur l'avenir de leur République.

Mais ils ont mis en garde Moscou contre le risque de nouveaux attentats, qui pourraient notamment prendre pour cibles des installations nucléaires, si le Kremlin ne s'engage pas dans de véritables discussions de paix plutôt que de se reposer sur l'armée pour imposer sa loi en Tchétchénie.