Israël quitte Beït Hanoun

Deux jeunes Palestiniens hier devant leur maison familiale à Beït Hanoun.
Photo: Agence Reuters Deux jeunes Palestiniens hier devant leur maison familiale à Beït Hanoun.

L'armée israélienne s'est retirée de Beït Hanoun après une offensive meurtrière de six jours dans cette ville du nord de la bande de Gaza, où huit Palestiniens ont été tués hier dans des localités voisines par des tirs israéliens.

Sur le plan politique, le président palestinien Mahmoud Abbas a émis l'espoir d'un accord au cours des prochains jours avec le Hamas, qui dirige le gouvernement actuel, sur la formation d'un cabinet d'union, faisant état de progrès dans les discussions.

«C'est la pire opération à laquelle nous ayons jamais assisté», a déclaré Khalil Yazdji, un policier de 45 ans. «L'armée israélienne a semé la destruction dans toutes les rues et dans presque toutes les maisons. C'est le tsunami de Beït Hanoun.»

Après avoir suivi des yeux le départ des blindés israéliens, des habitants de cette ville, qui en compte 30 000, sont descendus dans les rues pour constater les dégâts. Contournant les mares formées par le déversement sauvage des égouts, certains observaient d'un air choqué les dégâts causés aux bâtiments, routes, canalisations et poteaux électriques par une opération menée par Israël 14 mois après son retrait de la bande de Gaza, qu'elle a occupée pendant 38 ans. Des voitures ont été incendiées. Une mosquée a été démolie dans les combats et seul le minaret était encore debout. Pas une façade n'a été épargnée dans la zone de combats et des étages entiers ont disparu au sommet de certains immeubles.

Les forces israéliennes ont tué 56 personnes, pour moitié des activistes, et fait plus de 200 blessés pendant cette opération qui était centrée sur Beït Hanoun, selon des médecins palestiniens. Un soldat israélien a également trouvé la mort.

Le maire de la ville, un membre du Hamas, a déclaré qu'une quarantaine de maisons avaient été détruites et 400 autres endommagées pendant les combats. Les habitants ont défilé par milliers dans des processions funéraires pour 23 Palestiniens tués, dont des activistes dont les corps étaient enveloppés dans des drapeaux aux couleurs de leur mouvement. Leurs compagnons d'armes ont tiré en l'air.

Annonçant la fin de l'opération «Nuages d'automne», l'armée israélienne a déclaré avoir trouvé à Beït Hanoun de grandes quantités d'armes, notamment des lance-roquettes et des missiles antichars.

En dépit de cette offensive — présentée par des commentateurs politiques israéliens comme une tentative de rétablir le pouvoir dissuasif d'Israël, entamé par l'échec relatif de la guerre contre le Hezbollah libanais, l'été dernier —, des activistes ont continué à tirer des roquettes sur l'État juif.

Dans trois autres secteurs du nord de la bande de Gaza, les forces israéliennes ont tué sept activistes et une civile, ont annoncé des groupes armés et des hôpitaux.

«Les Israéliens évacuent un secteur et pénètrent dans un autre», a déploré le président palestinien, Mahmoud Abbas.

Des analystes avaient pressenti que l'opération prendrait fin avant que le premier ministre israélien Éhoud Olmert ne s'entretienne, le 13 novembre, avec le président américain George W. Bush à la Maison-Blanche.

Les deux dirigeants ont déjà évoqué l'amélioration de la situation humanitaire des Palestiniens dans la bande de Gaza, un territoire frappé par la pauvreté, tout en promettant de boycotter le gouvernement du Hamas jusqu'à ce que ce dernier reconnaisse Israël, renonce à la violence et accepte les accords de paix israélo-palestiniens existants.