Lula triomphe sur fond de casse-tête économique

Entre les dents, des autocollants qui annoncent: «Maintenant, c’est Lula».
Photo: Agence Reuters Entre les dents, des autocollants qui annoncent: «Maintenant, c’est Lula».

Brasilia — «Lula», alias Luiz Inacio Lula da Silva, petit cireur de chaussures devenu syndicaliste et enfin homme politique, a remporté haut la main, hier, l’élection présidentielle brésilienne, un beau cadeau d’anniversaire pour le futur chef de l’État qui fêtait ses 57 ans.

Le président élu a obtenu plus de 51 millions de votes, un record historique au Brésil, selon des résultats officiels portant sur près de 98% des suffrages exprimés. Selon les chiffres du Tribunal Supérieur Électoral (TSE), portant sur 97,8% des votes, Lula obtient 51 801 060 voix, soit 61,4% des suffrages.
Son adversaire José Serra, du Parti de la sociale démocratie brésilienne (PSDB, centre gauche) obtient 32 571 059 voix, soit 38,6% des suffrages, selon ces résultats.
Le président Fernando Henrique Cardoso avait obtenu 35 millions de suffrages lors de sa réélection en 1998.
Lula deviendra le premier président de gauche depuis l’instauration de la République du Brésil, le 15 novembre 1889.
Il hérite d’une situation économique, sociale et financière délicate. Chômage en hausse, pauvreté endémique, violence accrue par des clivages sociaux alarmants, dette publique explosive… Les défis sont immenses. À commencer par le chômage, en tête des préoccupations des Brésiliens. Accru par le ralentissement de l’activité économique et la baisse des investissements étrangers, son taux officiel est de 7,5 %. Mais, selon certains experts, il atteindrait 18 à 20 % en y comptant le sous-emploi. Le chômage précipite dans la criminalité les jeunes des favelas, où les narcotrafiquants font la loi.
Dès l’annonce du résultat à la télévision, les gens sont sortis spontanément dans la rue, tandis que retentissait un concert d’avertisseurs dans toutes les grandes villes du pays. À Rio de Janeiro, dans les rues du célèbre quartier d’Ipanema, les gens ont commencé à improviser des défilés de carnaval de rue avec les tee-shirts et les drapeaux rouges du PT, tandis que rouvraient précipitamment les cafés jusqu’ici fermés en raison de la loi interdisant la vente d’alcool pendant la durée du scrutin.
«C’est fait. Lula est élu. On a pris la Bastille des puissants», a lancé le député régional PT Chico Alencar a salué les milliers de personnes enthousiastes massées sur la grande place de Cinelandia, à Rio de Janeiro.
Pour l’analyste politique de l’Université de Rio de Janeiro (UERJ), Geraldo Monteiro, «la victoire de Lula est une grande rupture dans l’histoire du Brésil où l’élite a toujours gouverné». Mais «la société n’a pas donné un chèque en blanc à Lula. Il lui faudra un grand pouvoir de négociation pour pouvoir faire les réformes qu’il veut imposer».
«Je veux prouver qu’un ouvrier est capable de gouverner ce pays mieux que l’élite brésilienne l’a gouverné au cours des cent dernières années de République», avait clamé par avance Lula. «N’importe quel autre président peut être élu et ne rien faire parce que le peuple en a l’habitude. Mais moi, je n’en ai pas le droit», avait-il ajouté en affirmant qu’il était «le seul capable de réaliser le pacte social» dont a besoin le Brésil, 11e économie du monde, mais dont près d’un tiers de la population vit dans la misère.
Lula a voté en matinée dans une école de Sao Bernardo dos Campos, berceau de son parti et des grandes grèves des métallurgistes qu’il a dirigées à la fin de la dictature militaire en 1979. «Je crois que nous y sommes», a-t-il déclaré.
Le président sortant, Fernando Henrique Cardoso, a salué quant à lui la vigueur des institutions démocratiques brésiliennes et s’est déclaré certain que celui qui lui succéderait aurait le sens des responsabilités. Après avoir voté dans son quartier à Sao Paulo, le président sortant a déclaré: «C’est un jour historique. Une fois de plus le Brésil a clairement démontré qu’il était un pays démocratique qui choisit son président et ses gouverneurs dans un climat de liberté et de tranquillité.»
Outre leur président, les 115 millions d’électeurs brésiliens, dont 50,08 % de femmes, devaient élire les gouverneurs restés en ballottage dans 14 des 27 États fédérés et du District fédéral. Selon les premières estimations, le PT pourrait perdre dans son fief du Rio Grande do Sul, dont la capitale est Porto Alegre, siège du Forum social mondial et contrepoint du Forum économique de Davos.