La Ligue arabe en crise

Le Caire — Des dirigeants arabes ont fait hier leur mea-culpa et admis leur «impuissance» devant les défis politiques et économiques de la région, lors d'une conférence internationale au Caire qui coïncide avec une grave crise au sein de la Ligue arabe mise en évidence par la décision de la Lybie de claquer la porte de l'organisation.

«Nous traversons une situation, qui est pour le moins critique, et à laquelle les sociétés arabes font face en montrant une faiblesse politique, économique, sociale et peut-être intellectuelle», a lancé le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, à l'ouverture de la «Première conférence de la pensée arabe», qui se tient durant trois jours au Caire. «Il y a une grande impuissance», a insisté l'ancien chef de la diplomatie égyptienne, l'une des figures les plus respectées de la diplomatie au Proche-Orient.

Et si M. Moussa n'a pas fait le diagnostic détaillé de la région, c'est que les centaines de délégués à ces travaux l'avaient présent à l'esprit: menace d'intervention américaine en Irak, poursuite du conflit israélo-palestinien, montée du sentiment anti-musulman, faiblesse des échanges interarabes, et tout récemment crise au sein de la Ligue arabe, dont la Libye veut se retirer.

«L'élément le plus dangereux qui a affecté et affecte négativement» les pays arabes, «est l'échec à trouver une formule et un cadre pour réaliser un développement arabe régional, marqué par un travail commun et collectif qui nous permettrait de communiquer avec les autres sociétés», a ajouté M. Moussa.

En rentrant de Libye samedi, où il a tenté en vain de raisonner les dirigeants libyens, M. Moussa a expliqué que la décision de ce pays «traduisait frustration et colère, en raison de la situation du monde arabe». Enfant terrible de la Ligue arabe, le colonel Mouammar Kadhafi a menacé à plusieurs reprises de se retirer de l'organisation, dont les sommets sont dénoncés comme autant d'exercices inutiles par la presse arabe. Les 22 membres de la Ligue connaissent des écarts économiques formidables, entre pays tels que le Soudan ou la Somalie, parmi les plus pauvres du monde, et les très riches émirats du Golfe. En dépit de très nombreux accords bilatéraux, les échanges sont limités.