Israël - La coalition Sharon risque l'implosion

Jérusalem — Le gouvernement d'union nationale israélien était menacé hier par sa crise la plus grave depuis sa création en mars 2001, les travaillistes, deuxième force politique au Parlement, ayant décidé de voter contre un budget d'austérité selon eux trop généreux envers les colons.

Pendant ce temps, un attentat suicide dans la colonie juive d'Ariel coûtait la vie à trois soldats israéliens, outre le kamikaze, tandis que trois Palestiniens étaient tués par des tirs israéliens en Cisjordanie et que le nord d'Israël était en alerte de crainte de nouveaux attentats.

À Ariel (nord de la Cisjordanie), la charge a explosé dans la station d'essence située à l'entrée de la coloniel. Un vigile a repéré le kamikaze et l'a arrêté. Des soldats venus à la rescousse ont alors tiré dans sa direction en le blessant, avant que ne se produise la déflagration.

En soirée à Tel-Aviv, plus de mille membres du Comité central du parti travailliste réunis ont adopté une motion mandatant «la fraction parlementaire et les ministres [travaillistes] à voter contre le budget» si jamais des modifications n'étaient pas effectuées au texte qui doit être présenté mercredi en première lecture au parlement.

Cette motion avait été présentée par le dirigeant travailliste Binyamin Ben Eliezer, également ministre de la Défense dans le gouvernement d'unité nationale dirigé par le premier ministre de droite Ariel Sharon.

Le budget prévoit des coupes de 1,8 milliard de dollars américains qui vont se traduire notamment par une diminution des allocations versées aux familles les plus pauvres ainsi qu'aux chômeurs. Le budget de la Défense devrait également être réduit.

Les travaillistes exigent que les crédits alloués aux colonies juives dans les territoires palestiniens soient réduits de 150 millions, sommes qui, selon eux, devraient être consacrées à la création d'emplois et empêcher les coupes prévues dans les budgets sociaux.

«Je mène une guerre sans merci contre le terrorisme, et dans le même temps, [...], vous accordez des exemptions et des allocations uniquement aux colons. Ce n'est pas ainsi que vous allez relever l'économie d'Israël», a dit M. Ben Eliezer hier soir.

M. Sharon a prévenu que les ministres travaillistes de son gouvernement seraient limogés s'ils refusaient de voter le budget, et qu'il organiserait des élections anticipées dans les 90 jours, sans attendre la fin de la législature prévue fin octobre 2003.

L'attentat suicide près de la colonie d'Ariel a apporté une dimension dramatique à la crise.

Peu avant l'attentat, le Conseil des implantations juives, instance dirigeante des 200 000 colons de Cisjordanie et Gaza, avait exhorté M. Sharon «à ne pas céder aux pressions brutales des travaillistes» les subventions prévues pour les colonies dans le budget servant essentiellement, selon lui, à accroître la sécurité des colons en cas d'attaques terroristes.