Poutine contre les ONG

Moscou — De quoi donc s'occupe Amnesty International? Business? Culture d'asperges? Pour le nouveau service russe d'enregistrement des ONG (organisations non gouvernementales) étrangères, il n'y a semble-t-il plus de limites aux questions stupides.

Pour être autorisée à poursuivre son travail en Russie, une des plus célèbres organisations mondiales de défense des droits de l'homme a ainsi dû fournir un certificat prouvant qu'elle s'occupe bien de droits de l'homme. Et ce n'est là qu'un exemple, parmi des centaines d'autres, de la nouvelle tactique d'étouffement bureaucratique des ONG, tentée par les autorités russes.

Près de 200 ONG étrangères travaillant en Russie (sur un total inconnu, parfois estimé jusqu'à 500) ont réussi à déposer leurs dossiers de réenregistrement avant l'expiration hier du délai fixé par une toute nouvelle loi. Quatre-vingt-onze d'entre elles ont été enregistrées, parmi lesquelles beaucoup d'agences facilitant l'adoption d'enfants russes. Les autres sont en attente d'examen de leurs dossiers.

«Nous n'avons réussi à déposer notre dossier que ce mercredi, après avoir dû réunir une centaine de pages de documents, sans compter les traductions en russe», expliquait hier le coordonnateur de Médecins du monde en Russie, Ismaël Shihab. «Entre autres choses, nous avons dû fournir les noms et numéros de passeports de tous les membres fondateurs de notre organisation, soit 45 personnes, et, chaque fois, faire certifier tous les documents devant notaire en France, puis à nouveau en Russie.»

Obsédé par ces révolutions, le Kremlin a entrepris depuis de resserrer considérablement le contrôle de toutes les organisations critiques du pays. Déjà dégoûtées par le fatras de paperasses absurdes maintenant exigé, plusieurs ONG comme le World Wildlife Fund ont annoncé qu'elles préfèrent fermer leurs filiales russes. «Nous ne voyons pas l'intérêt d'entretenir tout un état-major qui devrait se consacrer exclusivement à la production de rapports», a expliqué la directrice russe du WWF, Elena Krianina.

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