Prise d'otages à Moscou - Explosion et tirs entendus près du théâtre

Cette Moscovite ne peut retenir ses larmes depuis trois jours: son petit-fils Sergeï, 17 ans, est parmi les otages détenus par le commando tchétchène.
Photo: Agence Reuters Cette Moscovite ne peut retenir ses larmes depuis trois jours: son petit-fils Sergeï, 17 ans, est parmi les otages détenus par le commando tchétchène.

Moscou - Une explosion et des tirs ont été entendus cette nuit à l'extérieur du théâtre de Moscou où un commando tchétchène retient depuis mercredi soir plusieurs centaines de personnes en otages.

On pouvait apercevoir plusieurs silhouettes avec des boucliers aux abords du bâtiment. Les autorités russes n'ont fait aucun commentaire dans l'immédiat.

Un peu plus tôt, les responsables russes ont demandé aux journalistes de s'écarter des abords du théâtre où plus de 700 personnes étaient retenues en otages pour la troisième nuit consécutive par un commando d'indépendantistes tchétchènes lourdement armés.

Toutefois, un photographe d'Associated Press qui pouvait voir l'entrée du théâtre n'a remarqué aucun signe visible de l'explosion.

Les ravisseurs ont menacé de commencer à exécuter les otages aujourd'hui à l'aube si le Kremlin ne répondait pas à leurs exigences, à savoir le retrait des troupes russes de la Tchétchénie. Peu avant l'explosion, les autorités russes ont promis hier aux rebelles tchétchènes de leur laisser la vie sauve s'ils remettent en liberté les quelque 700 otages retenus depuis deux jours dans un théâtre de Moscou.

Le «commando suicide» composé d'une quarantaine de rebelles a libéré une poignée d'otages dans la matinée mais menace toujours de faire sauter ce théâtre du sud-est de la capitale russe et de tuer le reste des captifs si Moscou ne retire pas ses forces de sa république séparatiste du Caucase.

Alexander Matchevski, l'un des porte-parole du Kremlin, a confirmé que les rebelles menacent de commencer à tuer les otages à compter d'aujourd'hui, comme le rapportaient des médias locaux.

«Ce ne sont pas des rumeurs. Les menaces existent, mais elles font l'objet d'une dramatisation exagérée, a-t-il dit. Nous avançons, lentement mais sûrement.»

Une femme avait été abattue mercredi soir alors qu'elle tentait de prendre la fuite.

Les preneurs d'otages, lourdement armés, ont placé une bombe au milieu de la salle, miné la scène et les allées, et certains d'entre eux sont bardés d'explosifs, a rapporté une porte-parole de l'établissement occupé depuis mercredi soir.

Hier, deux vagues de libérations d'otages ont redonné espoir aux négociateurs: sept Russes, puis huit enfants âgés de six à douze ans et en bonne santé ont été relâchés.

En revanche, la libération des otages étrangers, qui seraient au nombre de 75 (dont une trentaine d'Ukrainiens, des Britanniques, des Allemands et quatre Américains), était toujours attendue en fin d'après-midi après avoir initialement été annoncée comme imminente en début de matinée.

En dépit des allées et venues de diplomates étrangers devant le théâtre, on ignorait quel serait le sort de ces otages.

«Nous dialoguons et nous continuerons à négocier [...]. En cas de libération de tous les otages, les terroristes auront la vie sauve», a déclaré Nikolaï Patrouchev, le chef des services spéciaux (FSB), après une entrevue avec le président Vladimir Poutine.

Ce dernier, soutenu par la communauté internationale qui a unanimement condamné la prise d'otages, tente de reprendre la main dans une crise qui sonne pour lui comme un camouflet.

Il a notamment demandé à Patrouchev de se renseigner sur les méthodes employées par les services occidentaux pour régler les affaires d'otages similaires.

Dans une allocution télévisée, Poutine a ensuite fait savoir qu'il était «ouvert à toutes sortes de contacts», mais sur la base de ses propositions précédentes.

Moscou rejette l'idée d'une indépendance de la Tchétchénie, et le président russe s'était dit prêt à négocier avec les rebelles en 2001 si ces derniers déposaient leurs armes.

«Les preneurs d'otages demandent la fin de la guerre, la fin des effusions de sang, mais je suis absolument convaincu que ce scénario ne leur convient pas du tout, a dit Poutine. Ils [...] redoutent un règlement et une stabilisation dans la république tchétchène.»

Après avoir été relativement silencieux depuis mercredi soir — il avait seulement accusé les preneurs d'otages d'avoir planifié «à l'étranger» leur «acte terroriste» —, il a aussi appelé hier la population à ne pas s'en prendre aux milliers de Tchétchènes qui vivent en Russie.

Poutine a accédé à la présidence après avoir renvoyé les troupes russes en Tchétchénie pour y écraser les séparatistes en octobre 1999, à l'époque où il n'était que le jeune premier ministre de Boris Eltsine.

La chaîne de télévision NTV a diffusé des images du chef présumé du commando, Movsar Baraïev, accompagné de rebelles armés de fusils d'assaut AK-47 et de pistolets. Movsar Baraïev est le neveu d'Arbi Baraïev, un des redoutables «chefs historiques» de l'insurrection tchétchène contre Moscou, que la Russie affirme avoir tué.