Mise en garde du «commando suicide» - Quittez la Tchétchénie ou tout sautera

Plusieurs centaines de personnes retenues en otages ont passé leur deuxième nuit dans un théâtre de Moscou sous la menace d'un commando qui exige le retrait des forces russes de Tchétchénie. Alors que les messages de soutien de la communauté internationale affluaient vers Moscou, le président russe Vladimir Poutine a affirmé que cette prise d'otages avait été préparée dans un «centre terroriste étranger».

Moscou — Une quarantaine de rebelles séparatistes exigeant le retrait des troupes russes de Tchétchénie menaçaient toujours hier soir de faire exploser le théâtre de Moscou dans lequel ils retiennent jusqu'à 700 otages depuis la veille au soir.

Armés de grenades, de fusils et d'explosifs, ils ont tué au moins une femme qui a tenté de s'échapper mercredi lorsqu'ils ont pris le théâtre. Deux autres femmes ont réussi à s'enfuir hier, mais l'une d'elles a été blessée.

Les rebelles, qui se qualifient de commando suicide, menacent de faire sauter le bâtiment ou de commencer à exécuter des otages si les autorités russes n'accèdent pas à leurs demandes ou si elles donnent l'assaut contre le bâtiment. Ils exigent l'arrêt de la guerre en Tchétchénie, république autonome à majorité musulmane, et le retrait de l'armée russe.

Plusieurs gouvernements étrangers ont condamné cette prise d'otages, qui est un cuisant revers pour le président russe Vladimir Poutine. Et le Conseil de sécurité de l'ONU a très rapidement adopté, à la demande de la Russie, une résolution condamnant avec fermeté un «acte de haine» qualifié de «menace pour la paix et la sécurité internationales».

«Il faut que les troupes se retirent [de Tchétchénie] ou ils vont commencer à tuer les gens», a déclaré par téléphone la cardiologue russe Maria Chkolnikova, prisonnière du commando. «Ils nous disent: "Vous êtes assis ici depuis 10 heures et votre gouvernement n'a rien fait pour votre libération"», a-t-elle ajouté.

«Infidèles»

La chaîne de télévision qatarie al-Djazira a diffusé des images de rebelles tchétchènes se disant prêts à mourir pour leur indépendance et à tuer les otages «infidèles» du théâtre moscovite. La chaîne satellitaire arabophone n'a toutefois précisé ni quand ni où ces images avaient été enregistrées.

Chkolnikova a précisé par téléphone à Reuters que les rebelles, parmi lesquels figurent des femmes masquées, avaient truffé d'explosifs le théâtre — ses allées, son hall, ses sièges — en allant jusqu'à en accrocher sur certains otages.

«Il y a énormément d'explosifs. N'ouvrez pas le feu. J'ai très peur. Je vous demande de ne pas attaquer», a dit par téléphone une autre otage, Tatiana Solnychkina.

Sergueï Ignatchenko, le porte-parole du FSB, les services secrets russes, a fait savoir aux journalistes que les conditions de vie empiraient à l'intérieur du théâtre.

Des responsables du FSB ont annoncé que 75 étrangers figuraient parmi les otages. Trois Français — une femme et deux enfants — ont été relâchés dès mercredi soir, a fait savoir le Quai d'Orsay, ajoutant qu'il n'y aurait vraisemblablement plus de Français dans le théâtre.

Le président américain George W. Bush a appelé Poutine pour lui offrir l'aide américaine. Londres a annoncé l'envoi d'une équipe d'experts du contre-terrorisme à Moscou. Et Jacques Chirac a fait part hier soir à Poutine de la «solidarité» et de «l'amitié» de la France dans cette «épreuve».

Poutine, qui a accédé au pouvoir en promettant justement il y a trois ans d'écraser les séparatistes de la république caucasienne, a dit que la priorité était de préserver la vie des otages.

Le gouvernement russe, qui argue depuis longtemps que la guerre en Tchétchénie s'inscrit dans la lutte contre le terrorisme international, a mis en avant hier cette prise d'otages pour appuyer sa position auprès de la communauté internationale.

À la demande de la Russie, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté jeudi une résolution condamnant la prise d'otages et appelant tous les pays à coopérer avec la Russie pour aider à libérer les otages, a précisé l'ambassadeur russe auprès de l'ONU, Sergueï Lavrov, à la télévision russe.

Vladimir Poutine a déclaré, lors d'une intervention à la télévision, que le commando était dirigé depuis les mêmes «centres terroristes étrangers» qui sont à l'origine des derniers attentats meurtriers perpétrés en Indonésie et aux Philippines. Ces centres non identifiés «ont préparé et trouvé les auteurs» de la prise d'otages de Moscou, a ajouté le président russe.

Depuis que Poutine s'est aligné sur Washington dans la «guerre contre le terrorisme», les voix occidentales dénonçant les violations des droits de l'homme en Tchétchénie se sont faites discrètes.

Depuis 1994, Moscou est aux prises avec les séparatistes tchétchènes. Alors premier ministre de l'ex-président Boris Eltsine, Poutine avait renvoyé en 1999 les soldats russes dans la république méridionale, trois ans après leur retrait au terme de la première guerre de Tchétchénie.

Les rebelles ont relâché mercredi soir quelque 150 otages, dont une vingtaine d'enfants et des musulmans. Une autre poignée d'otages ont été libérés jeudi matin.

Mais le commando a fait savoir qu'il n'entendait plus libérer qui que ce soit.

Des centaines d'hommes d'unités d'élite russes ont pris position tout autour du bâtiment, notamment sur les toits avoisinants, mais un responsable a assuré qu'aucun assaut ne serait lancé tant que les Tchétchènes n'entreprendront pas d'abattre leurs otages.

En 1995, 120 personnes avaient été tuées après la prise par des rebelles d'un hôpital à Boudennovsk, dans le sud de la Russie. L'année suivante, un commando avait pris plus de 2000 personnes en otages à Kizlyar, au Daghestan.