Palestine - Le Fatah ne croit plus à un gouvernement d'union nationale

Plus de 10 000 partisans du Hamas se sont réunis hier à Jabaliya, dans la bande de Gaza.
Photo: Agence Reuters Plus de 10 000 partisans du Hamas se sont réunis hier à Jabaliya, dans la bande de Gaza.

Gaza — Le Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas ne se faisait plus d'illusion hier sur la formation d'un gouvernement d'union nationale avec le Hamas, tant les différends entre les deux partis semblent insurmontables.

«Parler d'un gouvernement d'union nationale n'est plus sérieux», a déclaré un porte-parole du Fatah à Gaza, Maher Miqdad.

Les Palestiniens considèrent qu'un tel cabinet sera en mesure de mettre fin au boycottage international et à la crise politico-financière qui sévit dans les territoires depuis l'entrée en fonction du Hamas, fin mars.

Un émissaire de M. Abbas, envoyé cette semaine à Gaza pour rencontrer les dirigeants islamistes après le gel des négociations, il y a près de deux semaines, sur la formation du gouvernement, a achevé sa mission sur un constat d'échec.

Rawhi Fattouh et une délégation du Hamas du premier ministre Ismaïl Haniyeh n'ont pas réussi à s'entendre «sur des points communs», a affirmé M. Miqdad.

Selon lui, les discussions ont notamment achoppé sur le refus du Hamas d'accepter dans sa forme actuelle une initiative de paix arabe, adoptée en 2002, qui constitue une reconnaissance implicite de l'existence d'Israël, ce à quoi le Hamas s'est toujours refusé.

L'Initiative de paix arabe est un des textes de référence dans un document dit d'entente nationale qui doit servir de base au programme politique du gouvernement d'union nationale.

Elle prévoit la normalisation des relations des pays arabes avec Israël en échange d'un retrait israélien total des territoires arabes occupés en 1967 et de l'établissement d'un État palestinien.

«Fattouh a quitté Gaza jeudi pour Ramallah après que le Hamas s'est dérobé à l'accord [sur le programme du gouvernement] qui avait été conclu par Abbas et Haniyeh. Le Hamas a demandé la modification de plusieurs points, dont l'Initiative de paix arabe, et cela nous ramène à la case départ», a ajouté M. Miqdad.

Abbas pessimiste

Depuis Doha, où il effectuait une visite officielle, M. Abbas a lui aussi dressé un tableau pessimiste. «Je ne peux pas dire qu'il y ait eu un quelconque progrès» dans les discussions, a-t-il déclaré.

Reconnaissant «une crise» dans les discussions, le chef de la délégation du Hamas, Khalil al-Hayya, a toutefois estimé qu'elle pouvait être «surmontée par le dialogue».

Le Hamas est «attaché à un gouvernement d'union et aux grandes lignes du programme qui a fait l'objet d'un accord entre le président Abbas et le premier ministre Haniyeh, mais un désaccord persiste à propos de l'Initiative arabe», a ajouté M. Hayya, chef du groupe parlementaire du Hamas.

«Des consultations supplémentaires sont nécessaires pour aplanir les divergences», a-t-il poursuivi.

Dans ce contexte de crise, les accusations ont continué de fuser sur les responsabilités de l'impasse dans laquelle se trouvent les négociations.

Haranguant une foule de plus de 10 000 personnes rassemblées à Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, un porte-parole du Hamas, le député Mouchir al-Masri, s'en est violemment pris aux «comploteurs» qui cherchent selon lui à faire chuter le gouvernement.

Il a invoqué l'aide de Dieu «contre Israël, ceux qui ont reconnu Israël et ceux qui nous appellent à reconnaître Israël» avant de lancer sur un ton exalté: «Même si on nous tue, nous ne reconnaîtrons pas Israël et ne renoncerons pas à nos principes.»

Dans l'entourage de M. Abbas, on évoque de plus en plus la possibilité de l'organisation d'un référendum sur le programme du cabinet d'union et même de nouvelles élections parlementaires et présidentielle pour trouver une issue.