Arrêtés au Pakistan, des centaines de suspects disparaissent, selon Amnesty

Londres — Plusieurs centaines de suspects arrêtés au Pakistan dans le cadre de la «guerre contre le terrorisme» ont disparu après avoir été mis en détention, selon un rapport de l'organisation internationale de défense des droits de l'homme Amnesty International.

Amnesty affirme dans ce rapport publié aujourd'hui que nombre de ces suspects sont torturés, y compris des enfants, et «littéralement vendus aux autorités américaines par des chasseurs de primes».

Dans certains cas, l'organisation fait état «de preuves d'implication directe de représentants de services américains (CIA, FBI) dans les vagues de disparitions au Pakistan et de violations des droits de l'homme».

Plus de 85 % des détenus de la base américaine de Guantánamo, sur l'île de Cuba, «ont été arrêtés non par les forces américaines mais par les Afghans et les Pakistanais à une époque où des récompenses pouvant aller jusqu'à 5000 $ étaient versées pour chaque "terroriste" remis aux États-Unis», relève le rapport.

«La pratique habituelle d'offrir des récompenses élevées pour des personnes suspectées de terrorisme non identifiées a permis des arrestations arbitraires et des détentions et entraîné des disparitions», pointe le document.

Amnesty déclare également que des suspects sont fréquemment transférés illégalement vers les bases américaines de Guantánamo, à Cuba, et de Bagram, en Afghanistan, ainsi que vers d'autres destinations secrètes dans le monde.

Dès lors, l'organisation demande au président pakistanais Pervez Musharraf (qui a rencontré hier le premier ministre britannique Tony Blair à sa résidence de campagne près de Londres) de révéler ce qu'il est advenu des «disparus» et de mettre un terme à ces «détentions arbitraires».

Elle réclame également la publication de la liste des centres de détention au Pakistan ainsi que des noms des personnes détenues pour des crimes liés à des activités terroristes.

Le rapport indique que les personnes arrêtées sont détenues sans preuves suffisantes et que beaucoup sont retenues sur la base d'allégations émanant de personnes qui ont retiré un gain financier de leur arrestation.

Il avance pour preuve les 300 personnes qui avaient été qualifiées de «terroristes» et de «tueurs» par le gouvernement américain et qui ont été relâchées de Guantánamo sans inculpation.