Al-Qaïda en Irak appelle à «une guerre biologique»

Soldats britanniques en patrouille à Bassora.
Photo: Agence Reuters Soldats britanniques en patrouille à Bassora.

Dubaï — Lors de sa première intervention depuis le début du ramadan, le chef d'al-Qaïda en Irak a appelé ses partisans à une guerre «biologique» contre les troupes de la coalition dans ce pays et à l'enlèvement d'Occidentaux pour les échanger contre un religieux détenu aux États-Unis.

Dans un enregistrement audio mis en ligne hier sur Internet, Abou Hamza al-Mouhajer adresse un message «aux pionniers, en particulier aux spécialistes des explosifs et de l'atome».

«Nous avons un besoin urgent de vos services car les bases [militaires] américaines [en Irak] sont le lieu idéal pour se livrer à des expériences non conventionnelles de guerre sale et biologique», ajoute le successeur d'Abou Moussab al-Zarqaoui, l'ancien chef d'al-Qaïda en Irak, tué en juin dans un raid américain.

Dans ce message, dont l'authenticité ne pouvait être établie dans l'immédiat, Abou Hamza prévient que son réseau veut lancer une «offensive tous azimuts» contre la force multinationale dirigée par les États-Unis mais aussi contre les Irakiens qui la soutiennent.

En Irak, les groupes djihadistes mettent à profit le mois de jeûne musulman du ramadan pour intensifier leurs attaques. Le ramadan a été endeuillé par des séries d'attentats au cours des dernières années.

Début septembre, Abou Hamza avait appelé tout sunnite à tuer au moins un Américain dans «un délai ne dépassant pas 15 jours».

Le chef d'al-Qaïda en Irak avait aussi pressé les sunnites de se venger des chiites, traitant ces derniers de «valets» mais les conviant toutefois à «se repentir et à revenir à la raison».

Hier, c'est aux chefs tribaux sunnites qui renonceraient à collaborer avec le gouvernement irakien pour rejoindre la «résistance» qu'il a proposé une «amnistie».

L'offre est cependant soumise à deux conditions: «repentir total» et «coopération avec les moudjahidines pour repousser l'occupant hors d'Irak», ajoute-t-il.

Dans son message, Abou Hamza appelle aussi tous ses partisans à enlever des Occidentaux en Irak en vue de les échanger contre la libération d'un religieux égyptien détenu aux États-Unis. «Puisse Allah nous permettre de capturer certains des chiens de chrétiens afin de libérer notre cheikh», dit-il en référence à Omar Abdel Rahmane.

Cheikh Abdel Rahmane a été condamné à la prison à vie, en janvier 1996 aux États-Unis, pour «complot séditieux».

«L'érudit aveugle Omar Abdel Rahmane reste emprisonné aux États-Unis, faisant face aux plus sévères formes de torture et de douleurs physiques et psychologiques», dit Abou Hamza.

Par ailleurs, dans son message, Abou Hamza avoue que le réseau terroriste a perdu plus de 4000 combattants étrangers dans sa rébellion en Irak.

La nationalité du successeur de Zarqaoui n'a jamais été révélée par la branche irakienne d'al-Qaïda. Selon l'armée américaine, le chef de l'organisation, dont elle avait diffusé une photo en juin, est un Égyptien et s'appellerait Abou Ayoub al-Masri. Mais selon Yasser al-Sirri, directeur de l'Observatoire islamique, basé à Londres, Abou Hamza serait en fait un Irakien dénommé cheikh Abou Hamza al-Baghdadi.

Washington cacherait l'ampleur des violences

Le gouvernement américain dissimule l'ampleur des violences contre les forces américaines en Irak, où les soldats sont attaqués en moyenne toutes les 15 minutes, a par ailleurs affirmé hier le journaliste-vedette américain Bob Woodward.

«Nous en sommes arrivés à un point où il y a maintenant 800 ou 900 attaques par semaine. Cela fait plus d'une centaine par jour, soit quatre attaques par heure contre nos troupes», a indiqué le journaliste du Washington Post, interrogé dans le cadre d'une émission d'actualité qui doit être diffusée dimanche sur le réseau CBS.

La situation sur le terrain s'aggrave et, selon les analystes, elle ne peut que continuer à se détériorer, a-t-il ajouté. «Les experts du renseignement estiment que la situation en 2007 va empirer et vous avez un président et le Pentagone [qui disent]: "Oh! non, les choses vont s'améliorer"», a-t-il dit, dénonçant aussi le secret entourant la gestion de cette guerre par l'administration Bush.

«Les insurgés savent ce qu'ils font [...] et qu'ils sont efficaces. Qui n'est pas au courant? Le public américain», a-t-il lancé.

Le journaliste a également affirmé que le président Bush prenait conseil auprès d'Henry Kissinger, conseiller à la sécurité nationale puis secrétaire d'État sous l'administration Nixon dans les années 70 lors de la guerre du Vietnam.

«C'est incroyable. Kissinger mène une nouvelle guerre du Vietnam. De son point de vue, le problème, c'est qu'au Vietnam, nous avons perdu notre détermination», a-t-il ajouté.