Regain de tension entre la Russie et la Géorgie

Tbilissi — Les forces de sécurité géorgiennes encerclaient toujours hier le commandement de l'armée russe pour le Caucase du Sud, à Tbilissi, au lendemain de l'arrestation d'officiers russes pour «espionnage» militaire, des accusations qualifiées de «débiles» par Moscou.

Depuis mercredi soir, la police géorgienne maintient en place un cordon de plusieurs dizaines de voitures autour du quartier général des forces russes stationnées dans le Caucase du Sud (Géorgie et Arménie).

«Ce cordon ne sera pas levé tant qu'un officier russe soupçonné d'espionnage ne nous aura pas été livré», a déclaré le ministre géorgien de la Défense, Irakli Okrouachvili, à la chaîne de télévision géorgienne Roustavi 2.

Ce regain de tensions, récurrentes entre Moscou et Tbilissi, a débuté mercredi avec l'annonce par les autorités géorgiennes de l'interpellation de quatre officiers russes soupçonnés d'espionnage militaire et de liens avec les organisateurs d'un attentat en 2005.

Dans la foulée, la police géorgienne a investi le siège des forces russes dans le Caucase du Sud, où elle affirme qu'un officier «espion» est retranché.

Selon le ministère géorgien de l'Intérieur, cinq officiers et un chauffeur militaire russes ont été interpellés au total. «Les six militaires [appréhendés] seront inculpés vendredi», a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère.

Rappel d'ambassadeur

Première conséquence directe de ce différend entre deux pays qui n'en finissent pas de se quereller depuis l'arrivée au pouvoir de Mikheïl Saakachvili, un président qui soigne ses relations avec Washington: l'ambassade de Russie à Tbilissi a cessé de délivrer des visas aux Géorgiens.

Et dans la soirée, la Russie a rappelé son ambassadeur pour consultations et annoncé le début de l'évacuation de son personnel de la Géorgie.

Tôt le matin, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait déclaré que son pays pourrait saisir le Conseil de sécurité de l'ONU à propos de la Géorgie. Il a également mis en garde l'OTAN contre toute «complaisance» à l'égard des autorités géorgiennes.

Alors que les Géorgiens accusent certains des militaires russes arrêtés d'avoir espionné les «activités de l'OTAN» en Géorgie, M. Lavrov a déploré que le rapprochement entre la Géorgie et l'Alliance atlantique ait pour conséquence d'«intensifier la politique antirusse».

La semaine dernière, Moscou avait déjà vivement critiqué la décision de l'OTAN d'engager «un dialogue intensifié» avec la Géorgie, une étape vers l'adhésion de ce voisin de la Russie à l'Alliance atlantique.

De son côté, le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, en partance pour la Slovénie où il doit participer à une réunion informelle Russie-OTAN, a estimé que «les actions des autorités géorgiennes dépassent complètement l'entendement» et accusé Tbilissi de vouloir pousser son pays à des «actions inappropriées».

Il a également accusé la police géorgienne d'avoir interpellé et passé à tabac dans la nuit sept autres soldats russes avant de les relâcher.

Interrogé par l'AFP, le ministère géorgien de la Défense a confirmé les interpellations mais démenti tout passage à tabac.

Les officiers russes sont accusés d'avoir «recueilli pendant plusieurs années des informations sur les armements des forces géorgiennes, les programmes de l'OTAN [en Géorgie] et les ressources de l'énergie du pays».

Ils sont aussi soupçonnés d'être «impliqués» dans l'organisation d'un attentat à Gori, une ville située 80 kilomètres à l'ouest de Tbilissi, qui avait entraîné en février 2005 la mort de trois policiers géorgiens et fait 23 blessés.