200 000 Libanais ne peuvent entrer chez eux

Beyrouth — Quelque 200 000 Libanais ayant dû quitter leur foyer pendant la guerre pourraient devoir attendre encore plusieurs mois avoir de pouvoir rentrer chez eux en raison de la présence d'environ un million de composants de bombes à fragmentation non explosées à désamorcer dans les villes et dans la campagne du pays, ont estimé hier les agences spécialisées de l'ONU.

«Les déplacés vont rester dans cette situation pour de longs mois encore», a déclaré Arjun Jain, membre de l'équipe d'urgence du Haut Comité des réfugiés de l'ONU (HCR), lors d'une conférence de presse à Beyrouth.

Ces composants de bombes à fragmentation larguées par l'armée israélienne 33 jours durant se retrouvent partout, dans les ruines des habitations, dans les haies, dans les arbres et dans le maquis.

Il s'agit là de la plus grande menace actuellement pour la population civile, puisque ces engins ont déjà coûté la vie à 14 personnes et fait une centaine de blessés depuis la fin du conflit, à la mi-août, selon le Centre de coordination de déminage de l'ONU.

Certaines de ces «sous-munitions» ne dépassent pas la taille d'une pile de lampe de poche. Elles sont libérées par des conteneurs qui dispersent sur une large zone plusieurs centaines de bombes qui n'explosent pas lors de l'impact et font planer une menace durable.Les artificiers de l'ONU et leurs sous-traitants ont d'ores et déjà désamorcé 40 000 composants de bombes à fragmentation, mais ils estiment qu'il en reste encore jusqu'à un million dans la nature.

Chris Clark, directeur du programme libanais du Centre de coordination de déminage de l'ONU, a déclaré que l'un des principaux problèmes était que ces engins de petite taille étaient souvent mêlés aux décombres des maisons bombardées, posant un danger pour leurs propriétaires pressés de les reconstruire.

Clarke a précisé qu'Israël n'avait toujours pas fourni des informations détaillées sur le nombre de bombes larguées et les cibles visées qui permettraient aux démineurs internationaux de se concentrer sur les zones les plus à risques.

«Nous pensons que la situation pourrait durer 24 mois» pour certains déplacés à cause des sous-munitions non explosées se trouvant dans leurs maisons et sur leurs terrains, a poursuivi M. Jain.

Près d'un million de personnes ont été déplacées lors du conflit de juillet et août entre Israël et le Hezbollah libanais qui a fait plus de 1200 morts au Liban, en grande majorité des civils, et détruit de nombreuses habitations et infrastructures du pays, surtout au Liban Sud.