La course à la succession de Blair est ouverte - Gordon Brown se pose en centriste

Manchester — Une ovation de près de trois minutes, quelques applaudissements chaleureux de la part de Tony Blair et un accueil favorable des syndicats: Gordon Brown semble ne pas s'être trop mal sorti de ce que les analystes ont décrit comme «le discours le plus important de sa carrière», prononcé hier à Manchester lors du Congrès annuel du parti travailliste.

Le ministre britannique a fait valoir son aptitude à devenir le prochain premier ministre, sur laquelle certains ont laissé planer des doutes ces derniers temps. Il s'est engagé en outre à maintenir l'ancrage du New Labour au centre s'il est choisi pour succéder à Tony Blair lorsque celui-ci choisira de se retirer, dans les 12 mois à venir.

«Le nouveau Parti travailliste ne battra jamais en retraite, mais s'ancrera au contraire au centre, dans le courant dominant, comme le parti de la réforme», a déclaré l'artisan du recentrage du Labour, à l'origine du triomphe de 1997.

Tout en félicitant un Tony Blair qui a su conduire le Labour à trois victoires législatives consécutives, Brown s'est fait le chantre d'une société fondée sur l'égalité des chances et sur une plus grande décentralisation des pouvoirs.

Cette intervention du ministre des Finances était cruciale pour son avenir politique, car la tempête qui a secoué le Labour au début du mois et contraint Blair à annoncer qu'il quitterait Downing Street dans un délai d'un an a aussi entamé la crédibilité de celui qui fait figure, de longue date, d'héritier putatif du premier ministre.

Selon un sondage publié hier par le Daily Telegraph, les Britanniques ne seraient plus que 27 % à penser que Brown ferait un bon premier ministre, contre 36 % il y a un an.

Conscient des limites de sa popularité, Brown a tenu à tendre la main à ses opposants au sein d'un parti en proie aux dissensions. Pour autant, il n'a pas voulu faire de concessions à ceux qui, au sein de la gauche du Labour, se sont opposés au soutien apporté par Blair aux interventions américaines en Afghanistan et en Irak.

Brown, lui, a tenu a inscrire sa vision sur dix ans, laissant peu de doute sur sa volonté de gouverner la Grande-Bretagne aussi longtemps que Blair, au pouvoir depuis neuf ans.

Les réactions à son discours ont été enthousiastes, hormis pour ce qui est de l'aile gauche du Labour. Nombre de délégués n'ont pas caché que Brown leur avait fait une très bonne impression.