Triste ramadan à Gaza

Ce Palestinien faisait samedi des achats en prévision du ramadan.
Photo: Agence Reuters Ce Palestinien faisait samedi des achats en prévision du ramadan.

Gaza, Bande de Gaza — D'habitude. pour le début du ramadan, les enfants de Gaza allument des milliers de lanternes colorées. Mais cette année, les Territoires palestiniens s'enfoncent encore un peu plus dans la pauvreté du fait du gel de l'aide internationale, et les parents n'ont ni argent ni énergie à consacrer à ce qui fait d'habitude du ramadan un mois de fêtes, de retrouvailles et d'allégresse. «Ces jours-ci, je n'ai qu'une seule envie, c'est de pleurer», soupire Oum Emad, mère de six enfants. La seule lanterne de sa maison est une lampe à huile, à cause des fréquentes coupures de courant.

Le ramadan, qui a commencé samedi dans les Territoires palestiniens, est un mois de jeûne et de prière, commémorant la révélation du Coran au Prophète. Mais c'est aussi une période de fête, avec les grands repas d'après le coucher de soleil, les retrouvailles sociales, la confection d'innombrables gâteaux, l'achat de vêtements neufs et de cadeaux pour les enfants...

Mais aujourd'hui, la bande de Gaza est plus pauvre que jamais, et ce ramadan-ci s'annonce bien sombre, nombre de Palestiniens n'ayant pas les moyens de respecter les traditions.

Déjà, c'est l'ONU qui nourrit environ un million des 1,4 million d'habitants du Territoire. Rien que pour septembre, le Programme alimentaire mondial a ajouté à ses listes quelque 60 000 personnes, pour un total de 220 000.

L'aide internationale, qui tenait quasiment à bout de bras l'Autorité palestinienne depuis dix ans, est gelée depuis mars et l'arrivée à la tête du gouvernement du Hamas extrémiste. En outre, la Bande de Gaza passe aussi de longues périodes coupée du monde, surtout depuis l'enlèvement par des militants proches du Hamas d'un soldat israélien en juin: ces trois derniers mois, les incursions israéliennes ont causé la mort de plus de 200 personnes, combattants pour la plupart. L'électricité est rationnée, par phases de six heures, après le bombardement de la principale centrale de Gaza.

Sur le front politique, l'heure n'est pas non plus à l'optimisme. Le président Mahmoud Abbas juge que ses efforts en vue de constituer un gouvernement d'union nationale acceptable aux yeux de la communauté internationale, ce qui permettrait d'alléger le calvaire palestinien, ont été «ramenés à zéro». Du fait de la réticence répétée du Hamas à reconnaître autrement qu'entre les lignes le droit à l'existence d'Israël.

Les Palestiniens n'ont pas le coeur à la fête. Oum Emad, 45 ans, raconte comment son mari a frappé leur fille de dix ans qui insistait pour qu'on lui achète une lanterne de ramadan. Oum Emad gagne 15 shekels quotidiens comme vendeuse, son mari arrive à 20 shekels les jours fastes. Avant l'accession du Hamas au pouvoir, il possédait une petite usine textile qui lui rapportait au moins 90 shekels par jour. «Autrefois, mon mari achetait des lanternes pour nos enfants, mais aussi pour ceux des voisins, dont le père est mort, pour qu'ils ne se sentent pas exclus», souligne Oum Emad.

Comme la plupart des familles à Gaza, elle n'a pas acheté de nourriture à l'avance, alors que c'est traditionnellement le cas juste avant le ramadan. Dans le camp de réfugiés de Chati, l'épicier Adel Moudalal ne s'est pas fait livrer les ingrédients traditionnels des desserts de ramadan, comme la pâte d'abricots séchés. «Je n'ai pas d'argent pour m'approvisionner, et le quartier n'a pas d'argent pour m'en acheter.»

Deeb al-Ras avait autrefois un restaurant à Chati. Il a fait faillite au début de la deuxième Intifada en 2000. Sur ses 11 enfants, seul un fils travaille. Policier, il n'a pas touché son salaire depuis des mois... La famille survit grâce au riz et aux lentilles fournis par l'ONU, mais arrive rarement à ajouter un peu de viande ou de légumes à son ordinaire.

Dans une pâtisserie de Saqallah, quartier résidentiel de Gaza, cinq ou six personnes passent chaque jour quémander les restes, explique le vendeur Osama Qandil, 24 ans. «Nous ne les repoussons jamais. Il y a toujours quelque chose pour les pauvres.» Le kilo de sucreries y coûte 20 shekels, soit le salaire quotidien d'un ouvrier non qualifié.

Ceux qui ont encore les moyens se font discrets, comme l'explique Oum Amar, 42 ans, mère de huit enfants. «Notre situation est correcte, mais l'ambiance est déprimante.» Elle se souvient du temps où, pendant le ramadan, les rues de Gaza étaient illuminées. Aujourd'hui, «même si Gaza avait des guirlandes, il n'y aurait pas d'électricité pour les faire marcher».