Blair plaide pour un recentrage du Labour

«Le Parti travailliste est porté disparu auprès du public britannique», a dénoncé Tony Blair hier au premier jour du congrès annuel du Labour.
Photo: Agence Reuters «Le Parti travailliste est porté disparu auprès du public britannique», a dénoncé Tony Blair hier au premier jour du congrès annuel du Labour.

Manchester — Le jour de l'ouverture à Manchester du congrès annuel du Labour, son dernier à la tête du parti, Tony Blair a exhorté hier les travaillistes britanniques à oublier les querelles internes pour se concentrer sur les préoccupations du pays. Et il a soigneusement esquivé toutes les questions relatives à sa succession.

Le premier ministre, qui a dit qu'il quitterait le pouvoir et la tête du Parti travailliste l'an prochain, s'est de nouveau refusé —«désolé» — à donner une date pour son départ. Les prochaines élections devraient avoir lieu en 2009. Tony Blair a dit souhaiter que ces cinq jours de Congrès marquent l'apaisement et le recentrage du Labour après des semaines d'intrigues et de rébellion ouverte.

«Le Parti travailliste est porté disparu auprès du public britannique. Il s'est refermé sur lui-même et s'est lancé dans les débats internes. Les gens sont mécontents de cela. Ils ne veulent pas voir leur gouvernement faire ça. Ils veulent que nous gouvernions», a-t-il lancé.

Le premier ministre britannique, qui s'adressera aux délégués du parti demain après-midi a souhaité qu'après cette «période difficile», le parti «se concentre sur les gens, leurs préoccupations et ce qui les inquiète vraiment». Tony Blair a fini par céder à la pression de plus en plus forte de son propre camp pour qu'il laisse la place, très vraisemblablement au chancelier de l'Échiquier Gordon Brown.

Le premier ministre a confié qu'il s'était entretenu avec son ministre des Finances samedi et qu'ils avaient décidé de se concentrer sur un «programme pour l'avenir». Mais, dans un entretien à la BBC, Blair a toutefois esquivé plusieurs questions directes lui demandant s'il soutiendrait la candidature de Gordon Brown.

La secrétaire au Foreign office Margaret Beckett, violant la règle non écrite qui a actuellement cours au sein du gouvernement, a quant à elle affirmé son soutien à Brown. «J'ai toujours pensé que Gordon ferait un premier ministre brillant», a-t-elle dit sur Sky News. «Pour moi, le temps de Gordon Brown est venu.»

Dans une interview à la BBC, Gordon Brown a lui expliqué qu'un gouvernement sous sa direction continuerait à soutenir les États-Unis dans leur guerre contre le terrorisme. Mais il a mis l'accent sur la nécessité de gagner le soutien de l'opinion, jugeant que l'action militaire devait s'accompagner d'une «bataille des idées».

En tout cas, d'entrée, Tony Blair a déjà eu droit aux adieux et hommages... Présidente du parti, Hazel Blears a dans son discours d'ouverture du Congrès salué et remercié celui qui fut un «grand dirigeant pour le pays et une source d'inspiration pour le parti». Les applaudissements ont duré plus d'une minute, auxquels s'est joint un Brown hochant la tête avec approbation.

«Je sais qu'on parlera de la question de la direction [du parti] cette semaine, mais ce qui ne fait aucun doute, c'est la dette que nous avons envers notre chef», a souligné Mme Blears. Et d'ajouter, histoire de rassembler: «notre avenir repose sur notre capacité à vivre ensemble et à collaborer».

Elle a ensuite rappelé que les dix années écoulées avaient été «une leçon d'unité et de détermination, une leçon qu'aucun de nous ne devrait oublier. Ce fut une époque fantastique pour être membre du parti travailliste, cette dernière décennie, et nous ne devons jamais laisser balayer les réalisations de trois victoires électorales successives». «Nous travaillons mieux ensemble que seuls», a-t-elle conclu, avant de s'attaquer à David Cameron, le très fringant nouveau chef des conservateurs.