Les tigres asiatiques du papier sont affamés

L’usine Riau Andalan Pulp and Paper, fleuron d’APRIL au centre de Sumatra est la deuxième du monde en capacité annuelle: deux millions de tonnes de pâte à papier, en avalant neuf millions de mètres cubes de bois.
Photo: Agence France-Presse (photo) L’usine Riau Andalan Pulp and Paper, fleuron d’APRIL au centre de Sumatra est la deuxième du monde en capacité annuelle: deux millions de tonnes de pâte à papier, en avalant neuf millions de mètres cubes de bois.

Pangkalan Kerinci — Les groupes asiatiques APRIL et APP, parmi les géants papetiers mondiaux, sont accusés de dévorer les forêts naturelles d'Indonésie. Honnis des ONG, ils tentent de changer leur image de tronçonneurs.

Les deux sociétés présentent de nombreuses similitudes, en particulier celle d'être contrôlées par des magnats d'origine chinoise et d'avoir leurs principales usines sur l'immense île de Sumatra.

Asia Pulp and Paper (APP), établie à Singapour, fait partie du conglomérat Sinar Mas dirigé par la famille Widjaja. APP annonce un chiffre d'affaires de 2,5 milliards de dollars. Sinar Mas contrôle une nébuleuse d'entreprises et de filiales à l'étranger, dont des producteurs d'huile de palme.

Asia Pacific Resources International Holdings (APRIL), enregistrée dans le paradis fiscal des Bermudes et basée à Singapour, fait partie du conglomérat Raja Garuda Mas dont le patron, Sukanto Tanoto, a été classé début septembre homme le plus riche d'Indonésie par le magazine Forbes Asia.

Celui-ci traîne une réputation sulfureuse depuis la banqueroute d'Unibank, une société de son groupe qui avait fortement financé les investissements d'APRIL avant de plonger en 2001. Selon l'hebdomadaire Tempo, les dettes du groupe de Sukanto envers cinq banques nationales indonésiennes se montent à 1,5 milliard de dollars.

Une visite de l'usine Riau Andalan Pulp and Paper, fleuron d'APRIL au centre de Sumatra, permet de saisir la puissance du groupe. Cette unité est la deuxième du monde en capacité annuelle: deux millions de tonnes de pâte à papier, en avalant neuf millions de mètres cubes de bois.

Pour alimenter l'usine qui tourne en permanence, APRIL a construit 3000 kilomètres de routes sur lesquelles défilent des train-trucks, camions comptant jusqu'à onze essieux et chargés de 120 tonnes de grumes chacun. Les troncs sont prélevés sur plus de 400 000 hectares.

Des milliers d'employés coupent à la tronçonneuse les arbres. Les zones rasées sont replantées d'acacias, eux-mêmes abattus tous les sept ans. APRIL dit avoir déjà planté 300 000 hectares d'acacia.

Le papier d'impression fabriqué ici est distribué sous la marque Paper One dans plus de cinquante pays. Des ONG ont appelé les consommateurs à le boycotter.

La société se targue de faire vivre 100 000 personnes. Elle a construit des centaines d'habitations et fournit de l'électricité gratuite à la ville nouvelle de Pangkalan Kerinci. APRIL possède des écoles pour les enfants, des ambulances, son propre aéroport pour que les cadres rallient Singapour et son propre port d'exportation dans le détroit de Malacca.

APRIL affirme que 45 % du bois qu'il utilise provient de plantations d'acacias, 55 % provenant de la forêt naturelle. APP soutient que ses usines de production de pâte sont alimentées par 60 % d'acacia et 40 % de forêt naturelle. Le WWF estime qu'en fait APP se fournit à 75 % en forêts naturelles, si on compte ses usines papetières.

APP affirme que sa production d'acacia couvrira 100 % de ses besoins en 2010. APRIL refuse de s'engager sur 100 % mais affirme que sa production d'acacia couvrira deux millions de tonnes de pâte à papier en 2009.

Des spécialistes doutent ouvertement que ces objectifs soient tenus.