Nasrallah sort au grand jour

Israël n’a jamais caché sa détermination à éliminer Hassan Nasrallah.
Photo: Agence Reuters Israël n’a jamais caché sa détermination à éliminer Hassan Nasrallah.

Beyrouth — Sur un ton de défi, le doigt pointé vers le ciel, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a averti hier qu'il n'était pas disposé à renoncer à son arsenal tant que le gouvernement libanais resterait trop faible par rapport à Israël.

Prenant la parole en public pour la première fois depuis l'offensive israélienne menée contre le Liban le 12 juillet, il a lancé: «La résistance est plus forte que jamais», devant une immense foule de partisans venus célébrer la «victoire divine» du parti de Dieu contre l'État hébreu.

«Nous avons remporté une victoire divine, historique et stratégique», a lancé Nasrallah, en évoquant les affrontements de 34 jours, en juillet et août,

qui ont opposé les combattants chiites aux unités israéliennes dans la zone frontalière. Un haut responsable israélien a qualifié de «ridicule» cette

proclamation.

Son apparition a été saluée par une ovation de la foule, estimée par les organisateurs à plusieurs centaines de milliers de personnes. Souriant, Nasrallah, entouré de gardes du corps, a levé les bras.

Sa présence à cette manifestation avait fait l'objet de supputations, étant donné qu'Israël n'a jamais caché sa détermination à éliminer celui qu'il considère comme sa bête noire.

Il a affirmé avoir décidé au dernier moment de s'adresser directement à ses partisans. «Me tenir ici devant vous [...] est aussi dangereux pour vous que pour moi», a-t-il dit, ajoutant que son «coeur et son esprit» l'avaient empêché d'apparaître sur un écran de télévision.

Cette manifestation, qui constitue une autre démonstration du poids politique du parti chiite, se tient au moment où l'armée israélienne est sur le point d'achever son retrait du sud du Liban, six semaines après l'instauration, le 14 août, d'un cessez-le-feu entre Israël et les combattants chiites.

L'offensive israélienne, déclenchée après la capture, le 12 juillet, de deux soldats israéliens par le Hezbollah, n'a pas réussi à détruire son arsenal. Elle a causé la mort de 1200 personnes, principalement des civils, et provoqué d'énormes dégâts aux infrastructures.

«La résistance possède plus de 20 000 roquettes et est plus forte qu'elle ne l'était le 12 juillet», a souligné le chef du Hezbollah.

«Nous ne disons pas que les armes vont rester éternellement», a-t-il dit, tout en réclamant un État qui puisse empêcher Israël d'agir à sa guise au Liban. Il a en outre répété son exigence d'un gouvernement d'union nationale, avec une représentation plus forte des forces pro-syriennes.

Cette «insistance sur le dialogue» a été jugée «constructive» par le premier ministre libanais, Fouad Siniora, selon un communiqué émis par son bureau qui n'a pas évoqué le refus du Hezbollah de désarmer.

Dans un entretien accordé au quotidien Le Monde, le ministre de la Défense, Elias Murr, a assuré que les combattants du Hezbollah «et leurs armes» pourraient être intégrés à terme dans une brigade de l'armée libanaise chargée de «la protection des villages» du sud du Liban.

Le désarmement de la formation chiite est exigé par Israël et par la communauté internationale et est envisagé par une série de résolutions de l'ONU, dont la résolution 1701, qui a mis fin au conflit. Le gouvernement libanais, qui compte deux ministres du Hezbollah, ainsi que la majorité parlementaire soutiennent ces résolutions.

La foule imposante rassemblée dans la banlieue sud de Beyrouth, venue de tout le pays, mais surtout du sud du Liban à majorité chiite, chantait «Nasrallah, Nasrallah, la victoire nous appartient».

Brandissant des portraits de leur chef et des drapeaux jaunes du Hezbollah, les manifestants se sont retrouvés devant une immense estrade. Au-dessus de leur tête, les oriflammes ont formé une véritable marée jaune et se mélangeaient aux bannières de l'État libanais.

Selon Al-Manar, la télévision du Hezbollah, ce rassemblement constitue un référendum en faveur du maintien, par le «Parti de Dieu», de son arsenal.