Gouvernement d'union nationale: le Hamas défie Abbas sur la reconnaissance d'Israël

Gaza — Le puissant mouvement Hamas a défié hier le président palestinien, Mahmoud Abbas, en persistant dans son refus de toute reconnaissance d'Israël, mais il a proposé une «trêve de dix ans» à l'État hébreu, qui l'a immédiatement rejetée.

Ces déclarations risquent de compliquer davantage le dialogue entre le Hamas, à la tête du gouvernement actuel, et le Fatah de M. Abbas, en vue de la formation d'un cabinet d'union nationale. Il est interrompu depuis une semaine par M. Abbas, après le refus du Hamas d'assouplir ses positions.

Du haut de la tribune de l'ONU à New York, jeudi, M. Abbas a affirmé que tout nouveau gouvernement palestinien reconnaîtrait Israël.

«Le gouvernement d'union nationale n'a pas, dans son programme politique, une reconnaissance d'Israël. Le gouvernement et le mouvement Hamas seront contre la reconnaissance d'Israël», a rétorqué Ahmed Youssef, conseiller d'Ismaïl Haniyeh, premier ministre issu du Hamas.

«Notre position pour résoudre la crise est une trêve de dix ans qui est profitable à la stabilité et la prospérité» de la région, a ajouté M. Youssef, soulignant que les «Israéliens doivent se retirer des territoires palestiniens occupés en 1967». «Une tierce partie» doit jouer le rôle de médiateur pour parvenir à cette trêve, a-t-il dit, sans plus.

L'idée d'une trêve de longue durée avec Israël a été évoquée à plusieurs reprises par les islamistes du Hamas, depuis leur victoire aux élections législatives de janvier, mais elle a toujours été rejetée par le gouvernement israélien.

Une trêve «ne nous intéresse pas. Ce que nous exigeons de tout gouvernement palestinien pour pouvoir reprendre le dialogue, c'est qu'il se plie aux conditions fixées par la communauté internationale», a répété Avi Pazner, porte-parole du gouvernement israélien.

Le Quartette, formé des principaux acteurs internationaux au Proche-Orient (États-Unis, ONU, Union européenne, Russie), a posé trois conditions en vue de la reprise de l'aide directe à l'Autorité palestinienne, suspendue après l'entrée en fonction du Hamas à la fin de mars: la reconnaissance du droit à l'existence de l'État juif, la reconnaissance des accords passés et la renonciation à la violence.

«Tout nouveau gouvernement respectera les engagements pris dans les accords par l'OLP et l'Autorité palestinienne, notamment les lettres de reconnaissance mutuelle datées du 9 septembre 1993 qu'ont échangées les défunts Yasser Arafat et Yitzhak Rabin», a assuré M. Abbas devant l'Assemblée générale de l'ONU.

Selon lui, «ces deux lettres contiennent une reconnaissance réciproque entre l'Organisation de libération de la Palestine [OLP] et Israël, un rejet de la violence et le recours aux négociations pour parvenir à un règlement permanent avec la création d'un État palestinien indépendant aux côtés d'Israël».

Le conseiller de M. Haniyeh a assuré que les «islamistes ne dirigeraient pas un gouvernement qui reconnaîtrait Israël et n'en feraient pas partie».

Mais le porte-parole du gouvernement Hamas, Ghazi Hamad, s'est dit confiant dans la mise en place de la nouvelle équipe gouvernementale.

«Il y aura une importante réunion quand Mahmoud Abbas rentrera [de New York] et nous éclaircirons ses déclarations à l'ONU. J'espère que nous arriverons à un projet acceptable et que nous compléterons avec lui les discussions sur le gouvernement qui sera formé par Ismaïl Haniyeh», a-t-il indiqué à l'AFP.

Selon lui, le «document d'entente nationale», signé par tous les groupes palestiniens à la fin de juin, ne stipule en aucune manière une «reconnaissance de l'occupation» israélienne.

M. Youssef a indiqué que le président palestinien était attendu à Gaza en fin de semaine, mais aucune confirmation n'a pu être obtenue dans l'immédiat auprès du bureau de M. Abbas.

Par ailleurs, le terminal de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, seul point de passage pour les Palestiniens vers l'étranger, a rouvert pour deux jours, avant le début du ramadan, le mois de jeûne musulman.