Hongrie -Les manifestations se poursuivent

Budapest — Une manifestation de quelques milliers de personnes contre le premier ministre socialiste, Ferenc Gyurcsany, a repris hier soir dans le calme, devant le parlement hongrois à Budapest, et les protestations devraient se poursuivre dans les jours à venir, mais le gouvernement et l'opposition ont tenté hier de faire baisser la tension.

Le principal parti d'opposition de droite (Fidesz) a annoncé hier le report d'une grande manifestation pré-électorale initialement prévue demain à Budapest, à une semaine des municipales du 1er octobre. La manifestation devait attirer jusqu'à 200 000 personnes, selon des observateurs.

Un dirigeant du parti, Laszlo Kover, a expliqué que la décision avait été prise pour des raisons de sécurité et il a précisé que ce grand rassemblement se tiendrait après les élections.

De plus, une manifestation d'étudiants contre les droits universitaires prévue hier soir a été annulée pour des raisons de sécurité.

Cependant, une invitation du premier ministre adressée à l'opposition pour discuter des émeutes dans la capitale a été rejetée par le Fidesz. Le parti «considère Ferenc Gyurcsany comme persona non grata dans la politique hongroise», a déclaré un porte-parole, Peter Szijjarto.

Viktor Orban, ancien premier ministre et président du Fidesz, a indiqué ces derniers jours qu'il comptait faire des prochaines élections municipales un référendum sur la personne de M. Gyurcsany. Il a réclamé son départ du poste de premier ministre, en cas de défaite des socialistes aux élections municipales, et la formation d'«un cabinet intérimaire composé d'experts hors parti avec mandat limité».

Les actes de violence ont diminué d'intensité à Budapest, lors d'une troisième nuit consécutive de manifestations. Dans la nuit de mercredi à hier, 62 personnes ont été interpellées et 17 autres blessées dans des heurts entre manifestants et forces de l'ordre, à l'issue d'une manifestation pacifique ayant rassemblé plus de 10 000 personnes devant le Parlement.

Mais les quelques centaines de casseurs souvent proches des milieux d'extrême droite, qui avaient notamment saccagé le siège de la télévision nationale dans la nuit de lundi à mardi, n'ont pas pu cette fois-ci mettre en difficulté des forces de l'ordre mieux préparées.

Le reflux des actes de violence semble conforter la posture ferme affichée depuis mardi par M. Gyurcsany, qui a rejeté les appels à la démission. «Nous n'allons pas modifier notre politique ni la composition du gouvernement. Le résultat des élections municipales n'a aucune portée là-dessus», a affirmé hier M. Gyurcsany.

Dans les derniers sondages, les socialistes, dont la cote de popularité est en berne, sont crédités de seulement 23 % des intentions de vote aux élections municipales, contre 34 % pour le Fidesz.

Les actes de violence en marge des manifestations à Budapest ont fait au total près de 255 blessés et la police a annoncé avoir procédé à plus de 200 interpellations. Les manifestations ont été provoquées par la diffusion dimanche de l'enregistrement sonore d'une vive discussion à huis clos entre M. Gyurcsany et le groupe parlementaire socialiste, fin mai. Le premier ministre y reconnaît avoir menti aux Hongrois et leur avoir caché son projet d'austérité économique pour gagner les élections législatives d'avril.