Thaïlande - L'armée durcit le ton

La tension a baissé, hier à Bangkok qui a retrouvé une apparence quasi normale malgré la présence des soldats.
Photo: Agence Reuters La tension a baissé, hier à Bangkok qui a retrouvé une apparence quasi normale malgré la présence des soldats.

Bangkok — L'armée thaïlandaise, qui a pris le pouvoir il y a trois jours, a interdit hier toute réunion ou activité politique tandis que l'opposition a demandé aux putschistes d'apporter rapidement les preuves de leur volonté d'un retour à la démocratie.

«Pour assurer le fonctionnement de la monarchie constitutionnelle après la mise en application de réformes, le Conseil de réforme politique ordonne à tous les partis de mettre fin à leurs réunions et à leurs activités politiques», ont annoncé les militaires dans un communiqué lu à la télévision.

L'armée a également demandé aux médias

nationaux leur «coopération» de façon à «restreindre, contrôler, arrêter ou supprimer des informations qui pourraient avoir un effet sur la monarchie constitutionnelle».

Plusieurs des proches lieutenants de l'ex-chef du gouvernement sont détenus à Bangkok, d'autres ont été limogés. M. Thaksin a finalement jeté l'éponge depuis Londres, du moins provisoirement, prenant acte de son renversement avec le soutien tacite du vieux roi Bhumibol Adulyadej et l'approbation d'une majorité des habitants.

Le général Sonthi Boonyaratglin, à la tête des militaires, a indiqué mercredi qu'un nouveau premier ministre civil serait nommé dans un délai de deux semaines, au terme duquel l'armée se retirera. Il a ajouté qu'il faudrait un an pour rédiger une nouvelle Constitution avant la tenue d'élections.

Mais le chef de file de l'opposition, Abhisit Vejjajiva, a demandé l'avancement de la date du scrutin. «Nous sommes convaincus qu'ils ne veulent pas rester au pouvoir et que leur tâche est de remettre le pays sur la voie démocratique», a-t-il déclaré dans un entretien à Reuters. «Mais ils doivent le prouver, et le plus vite possible.»

«Le pays doit maintenant aller de l'avant, et la meilleure manière, c'est que les chefs putschistes rendent rapidement le pouvoir au peuple et mettent en application les réformes qu'ils ont promises», a-t-il ajouté, proposant le déroulement d'élections au cours des prochains six mois.

Les États-Unis ont pour leur part annoncé qu'il réexaminaient leur aide à la Thaïlande en raison du coup d'État militaire.

Le général Boonyaratglin a assuré bénéficier de l'assentiment du roi Bhumibol, 78 ans, très vénéré en Thaïlande, pour conduire l'exécutif intérimaire, qu'il a baptisé Conseil pour la réforme démocratique sous la monarchie constitutionnelle.

Tandis qu'il asseyait son autorité dans la capitale, celle-ci a retrouvé hier une apparence quasi normale malgré la présence des soldats. Écoles, banques et édifices publics ont rouvert et le nombre de chars a été réduit devant le siège du gouvernement: quatre s'y trouvaient hier, premier jour non chômé depuis le renversement de M. Thaksin, contre une dizaine la veille.

Les blindés stationnés sur la principale artère de Bangkok menant aux ministères ont eux aussi été retirés pour que la circulation puisse reprendre.

Des soldats apparemment plus décontractés que mardi patrouillaient toujours dans les rues de la capitale du royaume, qui n'avait pas connu de putsch depuis 15 ans.

L'ancien premier ministre, résigné, semble donc avoir accepté la nouvelle donne, assure son entourage en Grande-Bretagne.

Mais les observateurs thaïlandais se gardent bien d'exclure du jeu politique Thaksin, élu pour

la première fois premier ministre en 2001. Dans les campagnes, Thaksin reste extrêmement populaire en raison des programmes sociaux qu'il y a développés.

«Le coup d'État a finalement peu d'importance parce qu'en cas de nouvelles élections, Thaksin sera encore vainqueur», assure Dao Khempanya, 65 ans, paysan dans les rizières de Nakon Pathom, 50 kilomètres à l'ouest de la capitale. «S'il vous plaît, M. Thaksin, revenez et nous vous réélirons!», continue-t-il dans un sourire.